Communiqués LDH publiés le 16/03/2026
- Pinar Selek, l’acharnement judiciaire de l’Etat turc se poursuit
- La pénalisation de performances d’étudiants d’écoles d’art
- France : procès du djihadiste français Sabri Essid pour crimes contre l’humanité et génocide commis contre les Yézidi-es en Syrie
- Notre fonction publique doit concilier citoyenneté, pluralisme et impartialité
- Commémoration des 50 ans de la Journée de la Terre : Israël/Palestine, l’urgence d’une solution politique
1 - Pinar Selek, l’acharnement judiciaire de l’Etat turc se poursuit
Communiqué commun LDH, L’Acort et le Comité Justice pour Pinar Selek
Depuis 28 ans Pinar Selek, faussement accusée de terrorisme et poursuivie pour un crime qui n’a jamais existé, est harcelée par l’Etat turc. Acquittements transformés en de nouvelles condamnations, déni le plus absurde des faits… En effet, après un an de prison en 1998 et quatre acquittements en 2006, 2011 et 2014, elle continue d’être poursuivie et ses procès sont systématiquement renvoyés à des dates ultérieures.
Si Pinar Selek est victime d’un acharnement judiciaire de la part de l’Etat turc, c’est pour son engagement dans la défense des droits humains et de la justice sociale. Son courage et sa résistance forcent l’admiration. Ecrivaine féministe qui porte la voix des minorités, qu’elles soient kurdes, arméniennes, LGBTQI+, Pinar est aussi une chercheuse – or toute recherche libre et indépendante est aussi une résistance, surtout quand elle ressuscite des travaux que les bourreaux ont cru faire disparaître dans la violence.
La publication du livre de Pinar Selek Lever la tête. La recherche interdite sur la résistance kurde est une prouesse académique, un acte de résistance, et une manière de rendre justice aux Kurdes qui sont au cœur de cette démarche scientifique.
Une renaissance se célèbre et se fête dans la joie, dans les chants et les danses : Pinar Selek, avec le Collectif justice pour Pinar Selek, la LDH (Ligue des droits de l’Homme) et l’Assemblée citoyenne originaires de Turquie (Acort) vous donne rendez-vous le mercredi 1er avril 2026 sur la Péniche Anako, à Paris (20h-22h).
Et soyons nombreux pour soutenir Pinar Selek le jour de son énième procès à Istanbul le jeudi 2 avril 2026, à partir de 8h30 au siège de la LDH (138 rue Marcadet 75018) à Paris. Inscription obligatoire
Il est plus que jamais nécessaire que la justice turque reconnaisse enfin toutes les illégalités accumulées au cours de cette interminable procédure et qu’elle prononce l’acquittement définitif de Pinar Selek.
En Turquie de nombreuses personnes, militants des droits humains, journalistes, avocats sont inquiétés, incarcérés après des procès inéquitables et souvent sans fondement. En soutenant Pinar Selek ce sont plus généralement les libertés, les principes du droit et l’égalité que nous défendons.
Paris, le 16 mars 2026.
2 - La pénalisation de performances d’étudiants d’écoles d’art
Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création dont la LDH est membre
Fin janvier, une performance à la HEAR, école supérieure d’art publique de Mulhouse, réalisée par des étudiants dans le cadre de la restitution d’un travail avec des professeurs, avait lieu dans le hall de l’école. Le public, venu sur invitation pour assister à cet atelier pédagogique, a pu voir les étudiants réaliser une performance utilisant une piñata en forme de voiture de police.
Les piñatas en forme de voiture de police sont des objets en vente libre utilisés lors d’anniversaires d’enfants afin d’extraire, avec des coups de bâton, petits cadeaux et bonbons.
Les étudiants de Mulhouse ont exprimé leur liberté de création dans cette performance : ils ont fabriqué la piñata et l’ont remplie de prospectus et affichettes reprenant des textes dénonçant un certain nombre de faits de violences reprochés à la police française et américaine.
Une élue municipale présente a, sans autorisation, publié une vidéo sur internet d’une partie de la performance. La Maire, Madame Lutz, a alors évoqué publiquement une performance de « très mauvais goût« , déclaré son soutien aux policiers et saisi la préfecture. Si l’on peut déplorer qu’une élue fasse une interprétation personnelle d’une performance qu’elle n’a pas vue, il est beaucoup plus grave encore que le préfet du Haut Rhin, Emmanuel Aubry, ait surenchéri en affirmant : "Mettre en scène le saccage d’un véhicule de police est indigne et ne rend pas compte des services que rendent les forces de l’ordre à nos concitoyens. La justice est saisie, elle fera son œuvre".
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a écrit sur X : "Dès hier soir, informé de ces faits franchement inadmissibles, j’ai demandé au @prefet68 de saisir la justice pour déterminer les responsabilités. Commis par des étudiants dans une école publique, ces faits sont d’autant plus choquants. Il ne faut pas laisser passer cette idéologie anti flics".
Des étudiants d’autres écoles d’art ont manifesté leur solidarité : ils ont imité leurs camarades de Mulhouse par des performances artistiques inventives, qui sont passées inaperçues pour la plupart. Deux autres préfets, celui de la Gironde et celui des Pyrénées, ont saisi la justice.
Le ministre de l’Intérieur et des préfets doivent-il se livrer à des interprétations hâtives et non informées des performances d’élèves en école d’art, sans avoir vu les œuvres et hors contexte ?
Le sujet des violences policières est un débat d’intérêt général au sens de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme qui protège la liberté d’expression, et de la jurisprudence de la cour de Strasbourg qui s’assure que les Etats membres de la convention respectent ce principe essentiel en démocratie. Il est parfaitement légal et légitime de critiquer l’action de la police.
Une œuvre d’art est à considérer comme telle, dans sa nature fictionnelle et dans sa globalité (c’est le point 4 de notre manifeste pour un débat éthique sur l’art). En extraire un passage pour la critiquer hors contexte est une instrumentalisation politique.
Les œuvres sont libres de choquer. La cour européenne des droits de l’Homme le répète à longueur d’arrêts.
Les instrumentalisations politiques des œuvres d’art ne servent qu’à une seule chose, conforter le Rassemblement National qui fait peser sur la culture une menace constante et promet, arrivé au pouvoir, de supprimer toute aide à la culture vivante et contemporaine.
Les étudiants, comme leurs écoles, sont protégés par des principes qui gouvernent notre démocratie : la liberté de création, de diffusion des œuvres, et la liberté d’expression. Pour rappel, en vertu de l’article 3 de la loi du 9 juillet 2016, l’Etat et ses services déconcentrés doivent mettre en œuvre une politique culturelle qui garantisse la libre diffusion des œuvres, qui contribue à la formation et qui entretienne et favorise le dialogue et la concertation entre l’Etat, l’ensemble des collectivités publiques concernées, les organisations professionnelles, le secteur associatif, les acteurs du mécénat et l’ensemble des structures culturelles et leurs publics.
Dans l’exercice de leurs compétences, l’Etat, les collectivités territoriales et leurs groupements ainsi que leurs établissements publics veillent au respect de la liberté de création et de diffusion des œuvres.
Nous nous alarmons qu’aucune de ces recommandations n’ait été respectée en l’espèce. Les fonctions de maire, préfet ou ministre de l’intérieur imposent une responsabilité politique et juridique qui n’est pas compatible avec le non-respect de la liberté de création et de diffusion. Choisir la voie pénale, alors qu’aucun fondement juridique ne le justifie, est non seulement une erreur de droit, mais c’est une faute politique et une dérive autoritaire du pouvoir.
Nous appelons les trois préfets concernés à entamer un dialogue constructif avec les écoles d’art, en présence du ou de la responsable liberté de création de la DRAC. L’Observatoire de la liberté de création (OLC) est disponible pour aider à faciliter ce dialogue.
Les procédures pénales doivent être immédiatement arrêtées. Elles sont indignes d’une démocratie sereine.
Paris, le 13 mars 2026
3 - France : procès du djihadiste français Sabri Essid pour crimes contre l’humanité et génocide commis contre les Yézidi-es en Syrie
Communiqué commun dont la LDH est signataire
- Le procès par défaut de Sabri Essid, combattant français de l’État islamique, se tiendra du 16 au 20 mars 2026 devant la Cour d’assises de Paris.
- Il s’agit du premier procès en France relatif au génocide commis contre les Yézidi-es, et de la première fois qu’un ressortissant français est jugé pour ce crime.
- La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Kinyat, la Free Yezidi Foundation (FYF), Yazda et la LDH (Ligue des droits de l’Homme) se constitueront parties civiles, aux côtés de trois survivantes yézidi-e-s et de leurs enfants.
- Les audiences débuteront le 16 mars 2026 à la Cour d’appel de Paris (8, boulevard du Palais, 75001 Paris) et seront publiques.
- Lire le questions-réponses dédié au procès pour plus d’information.
Sabri Essid, également connu sous le nom d’Abou Dojanah al-Faransi, était une figure centrale du mouvement djihadiste français. Il est accusé d’avoir commis, en Syrie, entre août 2014 et tout au long de l’année 2016, des atteintes graves à l’intégrité physique ou psychique constitutives de génocide, ainsi que des actes d’esclavage, d’emprisonnement, de torture, de viol, de persécution et d’autres actes inhumains constitutifs de crimes contre l’humanité, et de complicité de ces crimes, à l’encontre de femmes et d’enfants yézidi-e-s.
Il sera jugé par défaut devant la Cour d’assises de Paris du 16 au 20 mars 2026. Trois survivantes yézidies ainsi que leurs enfants se constitueront parties civiles au procès, aux côtés de la FIDH, de Kinyat, de FYF, de Yazda et de la LDH.
"Ce procès est le fruit du courage et de la détermination des survivantes yézidies qui se sont battues pour que le génocide dont elles ont été victimes soit reconnu et que ses auteurs soient traduits en justice", a déclaré Clémence Bectarte, avocate des parties civiles et coordinatrice du Groupe d’action judiciaire de la FIDH.
Cette affaire constitue une étape historique, puisqu’il s’agit du premier procès devant les juridictions françaises relatif aux crimes commis par l’Etat islamique contre la communauté yézidie, et de la première fois qu’un français sera jugé pour le crime de génocide.
"Au-delà des souffrances individuelles des survivantes qui participeront au procès, il s’agit d’un combat pour la dignité et la justice de l’ensemble de la communauté yézidie. C’est aussi une opportunité de rappeler à la communauté internationale les souffrances infligées par l’Etat islamique aux Yézidi-e-s, alors que le sort d’environ 2 500 personnes enlevées demeure inconnu", a déclaré Bahzad Farhan, président de Kinyat.
Une affaire bâtie sur des années d’enquête
En août 2014, l’Etat islamique a attaqué le mont Sinjar, berceau de la communauté yézidie, forçant des centaines de milliers de Yézidi-e-s à fuir vers les régions voisines. Entre 70 000 et 80 000 Yézidi-e-s se sont réfugié-e-s dans les montagnes, où ils et elles ont été assiég-e-s pendant plusieurs jours ; plus de 1 700 personnes sont mort-e-s de faim, de déshydratation et de blessures non soignées, dont 93 % d’enfants. Cette attaque a marqué le début d’une campagne génocidaire marquée par des massacres de masse, des conversions forcées, des violences sexuelles et par l’asservissement de femmes et d’enfants, systématiquement orchestrés et revendiqués par l’Etat islamique.
En décembre 2016, le parquet français a ouvert une enquête préliminaire dite "structurelle" visant à établir les crimes commis par des combattants de l’Etat islamique contre les Yézidi-es et d’autres minorités ethniques et religieuses en Irak et en Syrie.
Afin de recueillir des témoignages de survivantes yézidies, la FIDH et Kinyat ont effectué une mission de documentation en Irak en 2017 et publié le rapport "Crimes sexuels contre la communauté yézidie : le rôle des djihadistes étrangers de Daesh".
En 2019, sur la base d’informations fournies par la FIDH et Kinyat, ainsi que sur des témoignages de survivantes yézidies, les autorités judiciaires françaises ont identifié Sabri Essid et ouvert une information judiciaire à son encontre. Au cours de l’instruction, qui a duré cinq ans, cinq survivantes yézidies ainsi que leurs enfants ont été identifié-e-s comme victimes de Sabri Essid. Le 8 octobre 2024, les juges d’instruction ont ordonné le renvoi de Sabri Essid devant la Cour d’assises.
"Ce procès constitue une occasion unique de faire entendre la voix des survivantes et de mettre en lumière l’ampleur et le caractère systématique des crimes sexuels commis par les combattants de l’État islamique contre les femmes et les enfants yézidis", a déclaré Pari Ibrahim, directrice exécutive de la Free Yezidi Foundation.
"Pour la communauté yézidie, ce procès constitue une étape importante vers l’accès à la justice et reflète l’engagement croissant de la France dans la poursuite des crimes internationaux commis par l’État islamique. Toutefois, au regard de l’ampleur des atrocités commises contre les Yézidi-es, le nombre limité de procédures judiciaires initiées dans le monde demeure insuffisant. Les États doivent adopter des stratégies plus coordonnées et tournées vers l’avenir afin de lutter contre l’impunité de ces crimes, en particulier dans un contexte où l’instabilité persistante en Syrie continue de faire peser un risque d’impunité pour les membres de l’État islamique", a déclaré Natia Navrouzov, directrice exécutive de Yazda.
Sabri Essid est présumé mort en Syrie. Toutefois, en l’absence de preuve formelle de son décès, les juridictions françaises restent compétentes pour le juger.
"En l’absence de preuve convaincante de son décès, le droit français permet la tenue d’un procès par défaut – une procédure fréquemment appliquée en matière de terrorisme", a déclaré Patrick Baudoin, avocat de la LDH. "Étant donné que, par le passé, des combattants de l’État islamique présumés morts sont réapparus, il est essentiel que ce procès ait lieu".
Signataires : Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Kinyat, Free Yezidi Foundation (FYF), Yazda, LDH (Ligue des droits de l’Homme).
Paris, 4 mars 2026.
4 - Notre fonction publique doit concilier citoyenneté, pluralisme et impartialité
Tribune collective signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH, publiée sur le monde
Dans une tribune au « Monde », Le Lierre et un collectif de représentants des mondes syndicaux et associatifs s’inquiètent des attaques souvent virulentes dont sont victimes les fonctionnaires qui choisissent de contribuer au débat public, et défend la nécessité de préserver un modèle démocratique où coexistent plusieurs visions et opinions.
Depuis plusieurs années, une même accusation revient dans le débat public : les agents publics « feraient de la politique ». Juges « rouges », université « wokiste », audiovisuel public « biaisé », fonctionnaires « militants ».
Les polémiques autour de certaines nominations administratives, les attaques contre des magistrats ou les controverses visant l’université et l’audiovisuel public ne relèvent plus seulement du débat démocratique ordinaire. Leur accumulation participe de l’installation d’un soupçon politique généralisé sur des institutions et conduit à un corsetage croissant de l’expression publique des agents publics, à rebours de ce dont la vitalité de notre débat démocratique a besoin.
Dans une démocratie vivante, l’action publique, ses choix et ses modalités de mise en œuvre font l’objet de débats, d’interrogations et parfois de critiques.
Ces échanges sont nécessaires et participent du bon fonctionnement de l’Etat de droit : les agents publics peuvent y contribuer. Mais lorsque ces interrogations se transforment en soupçons, en mises en cause personnelles ou en procès d’intention, elles cessent d’éclairer le débat public et fragilisent les institutions.
Les agents publics exercent leurs missions dans un cadre toujours plus difficile. La pression et les choix budgétaires réduisent, année après année, les moyens disponibles, malgré des besoins stables ou croissants. La logique de l’immédiateté médiatique augmente le sentiment d’urgence et l’attente de résultats rapides. C’est dans un tel contexte que les agents s’efforcent, sans ménager leurs efforts, de répondre au mieux aux demandes de leurs concitoyens et des autorités auxquelles ils répondent.
Ils ne doivent pas être instrumentalisés par celles et ceux qui veulent déstabiliser ou démanteler notre édifice républicain, en affaiblissant les opérateurs chargés de missions d’intérêt général et en discréditant leurs agents sur des fondements illégaux.
Notre fonction publique dispose de procédures rigoureuses et de règles précises qui encadrent le recrutement, l’activité et les devoirs des agents publics, et protègent leurs droits de citoyens, comme dans la majorité des régimes démocratiques. Les principes de neutralité du service public et de loyauté des fonctionnaires n’empêchent pas pour autant la liberté d’opinion, et ne sauraient priver les agents publics de l’exercice, à titre privé, de leurs droits civiques, qu’il s’agisse d’agents de l’Etat, des opérateurs publics, de la fonction publique hospitalière ou des collectivités territoriales, qu’il s’agisse de magistrats ou d’enseignants, d’agents administratifs ou techniques.
Faire vivre un Etat démocratique n’est pas réduire ses agents au silence ou le vider de ses valeurs.
C’est l’organiser de telle sorte qu’une seule vision du monde – politique, idéologique, religieuse ou économique – ne puisse imposer sa domination sur l’ensemble de l’appareil d’Etat au détriment des droits de chacune et de chacun, en particulier des minorités, et des principes du service public. Alors que la France a fêté les 80 ans de la Sécurité sociale, elle peut aussi se souvenir de ce qu’elle doit à Pierre Laroque, alors directeur au sein du ministère du travail, qui a concrétisé cette institution majeure pour notre pays. Son éthique professionnelle, nourrie de ses propres convictions autant que de l’effervescence du débat démocratique à la sortie de la guerre, l’a amené à concevoir et à porter cette formidable avancée pour notre pays. C’est au nom de cette même éthique professionnelle que les 5,8 millions de fonctionnaires tâchent chaque jour de construire le bien commun et de prendre soin du lien social.
En démocratie comme au sein de l’Etat, c’est le pluralisme qui protège contre la capture autoritaire, populiste ou illibérale. Par conséquent, nous nous alarmons que des responsables politiques semblent tentés de prendre leurs distances avec ces principes républicains fondamentaux, garants du bon fonctionnement de la vie publique, et nous exprimons notre inquiétude face aux attaques dont certains fonctionnaires font injustement l’objet, sur le seul fondement de leur opinion politique présumée ou de leurs engagements.
Refusons d’emblée cette tentative de conflictualisation, la mise en soupçon des agents publics et l’extrême polarisation du débat autour des fonctionnaires, qui fragilisent le climat de confiance indispensable au bon fonctionnement du service public.
Notre fonction publique se doit de concilier citoyenneté, pluralisme et impartialité.
Revendiquons la liberté d’expression, la transparence de l’action publique et l’idée que les agents publics sont aussi dans leur rôle quand ils participent au débat public comme experts et citoyens, plutôt que d’être les rouages impersonnels d’une froide bureaucratie. Les agents publics jouissent de leur plein droit d’association, d’engagement associatif, politique et de la liberté d’opinion. Ils contribuent au nécessaire pluralisme démocratique.
Revendiquons également la nécessité que les agents publics exercent leurs fonctions et réalisent leurs missions d’intérêt général en s’appuyant sur des valeurs républicaines, qui sont souvent aussi des engagements citoyens. Cette vision pluraliste et démocratique peut constituer un horizon collectif et une fierté partagée, que nous voulons collectivement exprimer et porter dans le débat public.
Signataires : Sylvie Aebischer, cosecrétaire générale de l’Union fédérale des syndicats de l’Etat – CGT ; Caroline Chevé, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire ; Christophe Delecourt, cosecrétaire général de l’Union fédérale des syndicats de l’Etat – CGT ; Vincent Feltesse, collectif Monde d’après, monde d’avance ; Wandrille Jumeaux, cofondateur du réseau professionnel Le Lierre ; Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT ; Bruno Lévéder, secrétaire national de la FSU chargé de la fonction publique ; Marie Pla, porte-parole du collectif Nos services publics ; Justine Probst, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature ; Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques ; Philippe Sabuco, président du Collectif Télémaque, Nathalie Tehio, présidente de la LDH, et l’association Une Fonction Publique pour la Transition Ecologique.
5 - Commémoration des 50 ans de la Journée de la Terre : Israël/Palestine, l’urgence d’une solution politique
Communiqué commun dont la LDH est signataire et appel aux rassemblements le samedi 28 mars partout en France
Depuis des décennies, le peuple palestinien voit ses territoires occupés et endure un régime de colonisation, contraire au droit international. Il subit une tentative d’effacement dont la guerre à Gaza est l’épisode le plus meurtrier.
Cela doit cesser et ne peut cesser que par un plan de paix fondé sur le droit international et imposé immédiatement !
La commémoration des 50 ans de la Journée de la Terre appelle à une mobilisation d’ampleur en faveur du droit du peuple palestinien à l’autodétermination. La communauté internationale doit être alertée sur le génocide en cours et sur les agissements des colons israéliens qui multiplient les confiscations de terres et les destructions de cultures palestiniennes.
Avec le cessez-le-feu à Gaza instauré le 10 octobre 2025, on pouvait espérer la fin de la rage meurtrière qui pendant deux ans s’est abattue sur le peuple palestinien. Celles et ceux qui attendent qu’une solution juste et durable assure la fin d’un conflit presque séculaire ne pouvaient qu’être soulagés. Mais ce cessez-le-feu est régulièrement mis à mal par des attaques israéliennes et l’aide humanitaire toujours empêchée d’accéder à Gaza.
En Cisjordanie, l’armée israélienne et les colons imposent une extension rapide de la colonisation. Le Premier ministre affirme ouvertement qu’il s’agit de détruire toute possibilité d’un Etat palestinien.
Les ONG qui, avec compétence et professionnalisme, assurent depuis des décennies l’accès aux services de base dans l’ensemble du territoire occupé, sont interdites d’agir tandis que les médias et les ONG de défense des droits humains israéliennes, palestiniennes et internationales ne peuvent accéder librement aux territoires palestiniens, en particulier à Gaza.
Les velléités de règlement du conflit par le Conseil de la paix trumpien, contraires aux principes du droit international, augmentent les déséquilibres déjà à l’œuvre. Le « Plan de Paix » de Trump/Netanyahu véritable négation de l’ONU, ne reprend pas la perspective des deux Etats souverains, palestinien et israélien, adoptée par les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies.
Ce pseudo-cessez-le-feu et ce « Conseil de Paix », décidé unilatéralement par l’administration états-unienne, qui n’a cessé de soutenir les autorités israéliennes, militairement et dans l’arène diplomatique, n’apparaissent donc aucunement comme des étapes d’un « plan de paix ». Ce plan ne comporte en réalité aucune solution politique au conflit ni aucune référence au droit international et à l’objectif d’une paix juste et durable, pour les deux peuples.
Or, la résolution du conflit passe par la stricte application du droit international. Nous défendons les institutions internationales, l’ONU et la CPI. Nous réclamons la cessation de toute complicité avec la colonisation et le respect de toutes les décisions internationales, tant à l’égard du gouvernement israélien que du Hamas. Nous refusons l’impunité des entreprises ayant collaboré au génocide ou encore de soldats franco-israéliens accusés de crimes de guerre. À l’heure où l’ordre international est bafoué de façon répétée et revendiquée par les dirigeants de puissances globales et régionales, plus que jamais, le respect du droit international doit être une boussole pour la résolution de tous les conflits.
Nous réclamons toujours la suspension de l’accord économique entre Israël et l’UE tant que ce pays violera gravement les droits de l’homme et l’arrêt de toute collaboration militaire et sécuritaire avec Israël. Nous appelons à signer la pétition européenne en ce sens.
La résolution du conflit passe enfin, et c’est fondamental, par la voie politique, seule façon de mettre fin à la colonisation en Cisjordanie et de permettre le retour à terme à des conditions de vie normales à Gaza, seule façon d’assurer aux Palestiniens comme aux Israéliens la sécurité.
Sur quelles bases ? Elles existent : depuis la création en 1947 de deux Etats sur le territoire de la Palestine, la résolution 242 qui établit les frontières en 1967, et au fil des ans par des dizaines de résolutions légitimes, rationnelles et viables, l’ONU a dessiné le cadre de solutions politiques au conflit, mais aucune n’a été appliquée.
Par quelles voies ? L’Etat de Palestine doit obtenir les moyens de sa souveraineté par l’évacuation de son territoire par Israël, la constitution de forces palestiniennes pour en assurer la sécurité et des élections libres permettant une représentation légitime des palestiniens. Un processus rapide de libération des prisonniers politiques palestiniens dont Marwan Barghouti qui est un leader politique populaire en Palestine pourrait jouer un rôle majeur. Le soutien aux organisations des sociétés civiles palestinienne et israélienne qui militent pour la coexistence dans l’égalité est également un axe stratégique de cette politique de la paix.
Avec quel soutien ? Dans un contexte où le Moyen-Orient est plus que jamais déstabilisé par des agressions militaires, ne laissons pas entendre que les Etats européens ne sont plus concernés par la Palestine.
La reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France doit se traduire en acte.
Il faut d’urgence un engagement politique plein et entier de l’Europe et des Etats qui la composent.
Le 28 mars sera une journée nationale de mobilisation aux cotés des Palestiniens.
Retrouvons-nous toutes et tous partout en France le 28 mars, à l’occasion de la Journée de la Terre, pour exiger la paix en Palestine !
Signataires : LDH (Ligue des droits de l’Homme), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Mouvement de la Paix, Institut Mehdi Ben Barka – mémoire vivante, Memorial 98, Une autre voix juive (UAVJ), Union Nationale des Étudiants de France (Unef), Parti communiste français (PCF), L’Alliance pour une République écologique et sociale (L’APRÉS)
Voir la liste des manifestations prévues en région