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Publié par LDH49

­ Violente répression du mouvement lycéen

Communiqué commun de la FIDH et la LDH

Depuis la mi-septembre et le blocage du lycée Saint-Exupéry, dans le Val-de-Marne, les lycéennes et lycéens et étudiantes et étudiants se mobilisent partout en France. Leurs revendications sont simples : de meilleures conditions d’apprentissage et davantage de moyens alloués à l’enseignement public. Jusqu’à présent, la réponse du gouvernement est marquée par une répression violente du mouvement, au mépris du droit national et international.

Le mouvement des « blocus » de lycées – mode d’action collective consistant à empêcher ou filtrer l’accès aux entrées d’un établissement – ne cesse de prendre de l’ampleur en France. Les lycéennes et lycéens mobilisés revendiquent leur droit à l’éducation : elles et ils demandent des professeur-e-s, des classes moins chargées ou des bâtiments décents. “Les revendications de cette jeunesse française sont légitimes. Le gouvernement doit les écouter et y répondre,” déclare Alexis Deswaef, président de la FIDH. “Le rôle de la police est de protéger les libertés publiques et la sécurité de tous et de toutes, en particulier des personnes mineures. Nous constatons avec effroi qu’elle ne semble agir que pour réprimer violemment cette contestation démocratique, quitte à mutiler et à défigurer des enfants. »

L’Observatoire pour la protection des défenseuses et défenseurs des droits humains – un partenariat de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) – et la LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains) dénoncent la répression policière et judiciaire dont sont victimes les élèves mobilisé-e-s, pour beaucoup mineur-e-s, et appellent les autorités françaises au respect du droit de manifester, dans la continuité de l’alerte lancée avec la sortie du rapport conjoint « France : démocratie en décrochage » en septembre 2025.

Depuis plusieurs années, la France fait l’objet d’interpellations régulières d’instances internationales concernant le recours à des pratiques de maintien de l’ordre liberticides lors des mobilisations sociales. Le 4 octobre, la Rapporteure spéciale des Nations unies sur la liberté d’association et la liberté de réunion pacifique appelait à nouveau les autorités françaises à respecter l’intégrité physique de toutes et tous les manifestants dans le cadre des mobilisations lycéennes. Le 9 octobre, le Haut-Commissariat de l’Onu aux droits de l’Homme a exprimé suivre « avec inquiétude » les incidents liés aux manifestations en France.

Par ailleurs, les observatrices et observateurs de la LDH ont pu constater des attaques directes contre des journalistes qui couvraient les mobilisations, au mépris de la liberté de la presse et du droit à l’information. Lors de la manifestation du 6 octobre, des observatrices et observateurs ont également été pris pour cible par des jets de grenades lancés en leur direction, ce qui indique qu’elles et ils étaient directement visés.

“Toutes les digues démocratiques sautent quand on s’en prend à des journalistes qui font leur travail et à des observateurs indépendants (au sens de l’Observation n°37 de l’ONU, de la Commission de Venise et de l’OSCE). Toutes les digues morales sautent quand on s’en prend à des enfants, à nos enfants,” déclare Nathalie Tehio, présidente de la LDH. “Comme nous le répétons depuis des années, c’est toute la doctrine de maintien de l’ordre qui doit être revue. Ces drames auraient pu être évités. La LDH dénonce par ailleurs la criminalisation d’une mobilisation sociale en la qualifiant de « violences urbaines », ce qui amène à une réponse uniquement répressive.”

Des armes de guerre contre des enfants

Le nombre de blessures graves infligées par les forces de l’ordre ne cesse d’augmenter. Au lendemain de « l’Acte IV » de cette mobilisation, il est essentiel de rappeler que la liberté d’expression et la liberté de manifester pacifiquement sont des libertés fondamentales, garanties par la Constitution française, la Déclaration universelle des droits de l’Homme (articles 19 et 20), la Convention européenne des droits de l’Homme (articles 10 et 11) et la Convention internationale des droits de l’enfant (Cide) de l’Onu, dont l’article 15 garantit le droit de l’enfant à la liberté de réunion pacifique. Par ailleurs, le Comité contre la torture des Nations Unies a alerté en avril 2025 sur l’usage excessif de la force par la police.

Les témoignages alarmants sur la répression policière se multiplient : personnes mineures matraquées et gazées, exactions brutales commises par les forces de l’ordre, utilisation d’un 4×4 pour foncer sur des jeunes volontairement, mutilations liées à l’usage d’armes de guerre…. L’État déploie des dispositifs de maintien de l’ordre équipés d’armes dites « sublétales » dont les blessures sont souvent irréversibles : le 1er octobre, un jeune manifestant de 16 ans a été éborgné à Tours (région Centre-Val de Loire) par un tir de lanceur de balles de défense (LBD), et le 5 octobre, un autre jeune manifestant de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade offensive EF-SON à Lens (Pas-de-Calais). La seule réponse du ministre a été la suspension de cette grenade, et ce uniquement à l’encontre des lycéennes et lycéens. Or, toutes les grenades offensives, de même que celles de désencerclement sont mutilantes. Le droit international encadre strictement l’usage de ces armes (Convention européenne des droits de l’homme, articles 2 et 3), de même que les LBD, en gestion des foules protestataires.

La répression en chiffres

Au 7 octobre, on compte 6 629 interpellations et plus de 5 000 personnes, dont 87 % de personnes mineures, placées en garde à vue. Ces chiffres sont à mettre en perspective avec d’autres crises en France. Le mouvement des “Gilets Jaunes”, en 2018-2019, a donné lieu à 6 730 placements en garde à vue, sur une période d’un an. Le mouvement de contestation de la loi travail de 2016 à 690 placements, celui du mouvement de contestation du Conseiller principal d’éducation (CPE) en 2006 à 250 gardes à vue.

Cette répression s’inscrit dans un contexte documenté de répression croissante des mouvements sociaux en France. Les lycéennes et lycéens et étudiantes et étudiants doivent pouvoir se mobiliser et manifester sans craindre pour leur intégrité physique et leur sécurité. Or, le gouvernement a choisi de les considérer d’emblée comme des délinquantes et délinquants, pour leur envoyer des policiers spécialisés dans l’interpellation, comme la Bac (brigade anti-criminalité), plutôt que dans le maintien de l’ordre (CRS ou gendarmes mobiles).

L’Observatoire et la LDH exhortent donc le gouvernement français à :

• traiter systématiquement les enfants en tant que titulaires de droits spécifiques nécessitant une protection particulière, conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant (Cide) ;
• garantir les libertés fondamentales que sont la liberté d’expression et de réunion pacifique, protégées tant par la DUDH (articles 19 et 20) que par la CEDH (articles 10 et 11) et notamment éviter la criminalisation des manifestantes et manifestants, en particulier des personnes mineures exerçant leurs droits ;
• s’assurer que l’usage de la force reste absolument nécessaire et proportionné en toutes circonstances, en particulier à l’égard des personnes mineures ;
• veiller à ce que toute allégation de recours illégal ou disproportionné à la force fasse l’objet d’une enquête indépendante et impartiale, afin d’établir les faits ;
• interdire les armes mutilantes et réformer la doctrine de la gestion des foules protestataires dans le but de protéger l’expression de la contestation pacifique, au sens du droit international.

Paris, le 9 octobre 2026

Signataires : Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains)

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