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Publié par LDH49

Frais d’inscription différenciés pour les étudiants étrangers : non à l’université française à deux vitesses

Tribune collective signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH, publiée dans Libération

Lire la tribune dans Libération

Mardi 12 mai, étudiants, enseignants, syndicats étaient dans la rue pour demander au gouvernement le retrait d’une mesure inique qui veut faire payer plus cher la communauté étudiante qui ne provient pas de l’UE (Union européenne). Un collectif d’associations et de syndicats demande son retrait.

Débourser jusqu’à 16 fois plus que son voisin du fait de sa nationalité ou ne pas accéder à l’université en France, voici la situation à laquelle les étudiants étrangers extracommunautaires vont devoir faire face dans quatre mois.

Présentée comme une simple mesure budgétaire, la généralisation de ces frais différenciés s’inscrit, en réalité, dans une transformation plus profonde du modèle universitaire français, au mépris d’un des principes fondateurs de notre université : l’égalité des chances.

2026, une année noire pour les étudiants extra-communautaires en France

Les étudiants extracommunautaires comptent déjà parmi les plus exposés à la précarité.

Quelle que soit leur situation de précarité, ils sont en grande majorité exclus de l’accès aux bourses sur critères sociaux proposées par les Crous (Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires) du fait de leur nationalité. Avec une loi de finances comprenant nombre de restrictions à leur encontre, entre suppression quasi systématique de leurs APL et doublement du prix du titre de séjour, l’année 2026 fait d’ores et déjà planer un climat inhospitalier en France pour ces étudiants. Beaucoup vivent à quelques euros près chaque mois, ils sont les premiers à devoir se salarier et à cumuler des emplois au détriment de leurs études.

Dans ce contexte, forcer les universités à appliquer des frais d’inscription jusqu’à 16 fois plus élevés revient à instaurer une double peine. L’expérience de certains établissements ayant mis en œuvre ces dispositifs en donne un premier aperçu : à Strasbourg, plusieurs dizaines d’étudiants ont été contraints d’interrompre leur cursus.

Des exonérations réduites à néant

Après le passage de ce décret, la possibilité laissée aux universités d’exonérer certains étudiants ne sera qu’un affichage de façade. Philippe Baptiste a annoncé réduire drastiquement ces possibilités d’exonérer à un plafond maximal de 10% des étudiants extracommunautaires et basé sur des demandes individuelles. Au-delà de ce dangereux plafond maximal, cette individualisation des exonérations ne fera, en réalité, qu’exclure davantage celles et ceux qui n’ont ni les ressources administratives ni institutionnelles pour y accéder.

Ces exonérations devront aussi se faire sur demande, mais avec quels moyens ? Dans un contexte de sous-financement chronique, les universités ne disposent ni des ressources humaines ni des capacités administratives pour absorber cette charge supplémentaire.

Une incohérence politique majeure

Cette réforme est en contradiction flagrante avec les ambitions affichées par la France.

Comment prétendre renforcer notre attractivité internationale tout en érigeant des barrières financières à l’entrée de nos universités ?

Les faits sont pourtant clairs.

Aujourd’hui, près de la moitié des doctorants en sciences et techniques en France sont étrangers. Pourtant, ces mesures duplices – entendant exonérer les doctorants mais rendre inaccessible les masters et les licences – visent à profiter du fruit du travail de ces derniers en leur ayant retiré les moyens d’accéder auparavant aux études qui y conduisent.

Aujourd’hui, l’agence de l’Etat Campus France l’a montré, contrairement aux discours souvent répétés de la bouche des extrêmes droites plaçant une cible dans le dos de ces jeunes, les étudiants étrangers contribuent à l’économie française bien plus qu’ils ne «coûtent» à la collectivité.

Aujourd’hui, bien au-delà de cet apport qui ne devrait pas avoir besoin d’être souligné, ils participent à la vitalité et au rayonnement intellectuel, interculturel et scientifique du pays : autant d’éléments qui ne sauraient être réduits à une logique comptable ou de classements internationaux.

Aujourd’hui, rompre avec l’universalité de l’accès à l’enseignement supérieur public serait un danger pour demain.

Un changement de modèle imposé

Depuis 2019, une large majorité d’universités ont refusé d’appliquer les frais différenciés, conscientes de leurs lourdes conséquences sur l’accès aux études. Face à cette résistance, le gouvernement choisit aujourd’hui de leur forcer la main, ne laissant aux établissements que la responsabilité d’arbitrer, au cas par cas, des exonérations en nombre contraint.

Au-delà de ses effets immédiats, cette réforme marque un basculement : celui d’un enseignement supérieur conçu comme un bien public financé par l’Etat auquel chacun peut accéder vers un modèle financé par la communauté étudiante elle-même.

Une mesure xénophobe et discriminante

 

Derrière les discours sur «l’attractivité» se dessine une réalité plus brutale : l’instauration d’un tri social et d’une préférence nationale à l’entrée de l’université. Le message implicite de ce nouveau plan «Choose France» devient limpide : «Choisissez la France…si vous en avez les moyens

Là où les précédentes mesures attaquaient la dignité des conditions de vie des étudiants extracommunautaires, cette mesure sonnerait définitivement le glas de l’universalité d’accès à l’enseignement supérieur et celui d’universités françaises ouvertes sur le monde.

Un faux remède budgétaire

Enfin, il faut le dire clairement : cette réforme constitue une réponse ni souhaitable ni crédible au sous-financement de l’enseignement supérieur. Les recettes attendues restent marginales au regard des besoins réels. Compenser le manque d’investissement étatique en se servant dans le portefeuille d’étudiants déjà précarisés, est un non-sens. Cet aveu de désengagement financier de l’Etat est une première faille vers la fin de la modicité pourtant constitutionnelle des frais d’inscription à l’Université pour toutes et tous.

Une mesure qui doit être retirée

Il faut poursuivre la mobilisation de ce mardi 12 mai, quand étudiants, enseignants, enseignants-chercheurs, personnels, syndicats, associations sont descendus dans la rue pour demander le retrait immédiat de ces mesures.

Refusons que les étudiants extra-communautaires deviennent la variable d’ajustement budgétaire d’un système fragilisé.

Refusons un modèle d’enseignement supérieur faisant la promotion de l’exclusion basée sur la nationalité et celle de la sélection basée sur l’argent.

Signataires : 

Cécile Duflot, Oxfam France; Vincent Beaugrand, directeur général de France terre d’asile; Suzanne Nijdam, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage); Boris Gralak, Secrétaire général; Syndicat national de la recherche scientifique (SNCS-FSU); Anger Pascal Secrétaire national – secteur ESR Syndicat national de l’éducation physique (Snep-FSU); Virginie Saint-James Co-secrétaire générale Sup’Recherche-Unsa; Alichérif Ben, co-secrétaire général, Kevin Le Tétour, Co-secrétaire fédéral SUD Education; Patrick Boumier, Co-secrétaire général Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT); Claudia Gallina-Muller, co-secrétaire général Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT); Manon Moret, secrétaire générale Union nationale des étudiants de France – Unef; Michel Bertrand, co-porte-parole CGT Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) Alain Halère Secrétaire général Syndicat national des personnels titulaires et contractuels de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la culture (SNPTES-Unsa); Emmanuel de Lescure, secrétaire général Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP-FSU); Claire Vigneau, secrétaire générale Fédération syndicale étudiante – FSE; Yoann Vigner, co-secrétaire général Syndicat national de l’enseignement technique agricole public (Snetap-FSU); Kayode Damala, président des étudiants musulmans de France – EMF Armel Cloare, co-secrétaire fédéral Solidaires Etudiant-e-s; Lucie Clamens, co-secrétaire fédérale Solidaires Etudiant·e·s; Trystan Dupont-Dupart, co-secrétaire fédéral Solidaires Etudiant·e·s; Alice Vaude, secrétaire nationale Organisation de solidarité Trans – OST Romain Katambara, président Ka Ubuntu; Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale fédération CFDT Education formation recherche publique; Dominique Chassagne, secrétaire général syndicat A et I Unsa (personnels administratifs C-B et A de l’Aenes); Julie Robert, co-secrétaire générale Syndicat national de l’administration scolaire, universitaire et des bibliothèques (Snasub-FSU); Dominique Soppo, président SOS Racisme; Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Ecologistes; Danielle Simonnet, députée, Nathalie Tehio présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme).

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