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Publié par LDH49

Etudiants étrangers : « La France gagne à ouvrir ses portes, elle perdra à les fermer »

Tribune collective signée par Nathalie Tehio, présidente de la LDH, publiée dans Le Monde

Lire la tribune dans Le Monde

Un collectif d’acteurs de l’enseignement supérieur et de parlementaires dénonce, dans une tribune au Monde, les annonces gouvernementales sur les frais d’inscription appliqués aux étudiants internationaux extracommunautaires qui fragilisent, selon eux, vingt ans de politique d’accueil sans fournir d’alternative.

Un étudiant marocain qui débarque à Lyon en septembre. Une Sénégalaise qui attend son titre de séjour depuis trois mois. Un Brésilien qui dort encore à l’hôtel en novembre parce qu’aucun bailleur ne veut de son dossier. Ce sont des situations quotidiennes que vivent les étudiants internationaux lors de leur arrivée en France. Ce sont aussi les visages réels derrière le débat ouvert par le plan « Choose France for Higher Education », présenté par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, le 21 avril 2026.

Le ministre veut redresser le rang mondial de la France, qui est passée de la quatrième à la huitième place pour l’accueil des étudiants internationaux entre 2017 et 2023. L’objectif affiché est juste. Il veut améliorer la qualité de l’accueil, mieux orienter les flux, faciliter l’insertion des diplômés. Ces priorités sont partagées par les universités, par les associations étudiantes, par les collectivités qui financent les campus.

Mais les moyens choisis interrogent. Le plan généralise des frais d’inscription de 2 895 euros en licence et de 3 941 euros en master pour les étudiants extracommunautaires, ce qui revient à multiplier par 16 le tarif que ces étudiants payaient jusqu’ici. Il supprime les aides personnalisées au logement (APL) pour au moins 100 000 étudiants à partir du 1er juillet 2026, lorsqu’ils seront en pleine recherche d’appartement. Il flèche 60 % des bourses publiques vers une poignée de filières scientifiques jugées prioritaires.

Sur le terrain, cela signifiera des étudiants qui renoncent à venir, parce que leur famille ne peut pas absorber 3 000 euros de frais en plus des 8 000 euros annuels de coût de la vie. Des étudiants déjà arrivés qui découvrent en juillet qu’ils perdront 150 euros par mois en APL, alors qu’ils ont signé leur bail en juin. Des bailleurs qui refusent désormais les dossiers internationaux parce que la garantie de l’État disparaît. Des étudiants en histoire, en sociologie, en littérature qui n’auront plus de bourse française parce qu’ils n’étudient pas l’intelligence artificielle.

Défaillances

Cette logique ramène vingt ans en arrière. Pendant deux décennies, la France a patiemment construit une politique d’accueil. Des labels, des guichets, des résidences, des programmes de bourses, un réseau diplomatique spécialisé. Le plan d’aujourd’hui fragilise cet édifice sans rien construire à la place.

Les exemples étrangers démontrent que d’autres leviers fonctionnent. L’Allemagne, qui maintient la quasi-gratuité, accueille 423 000 étudiants internationaux contre 276 000 en France, et sa croissance d’effectifs étrangers a atteint 56 % sur cinq ans. Le Canada a fait un autre choix : plutôt que d’augmenter les frais, il délivre depuis 2008 un permis de travail post-études qui autorise les diplômés étrangers à rester travailler jusqu’à trois ans après leur diplôme, sans condition d’employeur.

À l’inverse, le Royaume-Uni, qui pratique des frais d’inscription élevés depuis longtemps, traverse aujourd’hui une crise majeure : 43 % de ses universités sont en déficit prévu pour 2026, et ses inscriptions internationales ont reculé de 6,1 % en 2024. Aucun des pays qui ont gagné des places ces dernières années ne l’a fait par la sélection tarifaire.

La France perd des places parce qu’elle accueille mal, et remettre en cause l’accessibilité financière ne masquera pas ces défaillances. La Cour des comptes l’a écrit en mars 2025 : il s’écoule en moyenne soixante-deux jours entre l’admission académique d’un étudiant et la délivrance de son visa, ce qui veut dire qu’un étudiant admis arrive en cours un mois après la rentrée.

Les titres de séjour doivent être renouvelés chaque année, ce qui produit des ruptures de droits. Et lorsque les étudiants finissent par décrocher leur diplôme français, beaucoup repartent faute d’accompagnement vers l’emploi. Le problème n’a jamais été le prix. Le problème, c’est tout ce qui se passe avant et après, c’est-à-dire les démarches, l’attente, le logement, les conditions d’études, l’accès à l’emploi.

Investissement d’avenir

L’université française est un bien commun. Elle est ouverte parce que c’est sa tradition depuis la Sorbonne du Moyen Age. Elle est exigeante parce qu’accueillir suppose des moyens. Les étudiants internationaux rapportent 1,35 milliard d’euros par an à l’économie française, ils nourrissent la recherche (38 % des doctorants sont étrangers), ils deviennent, après leur retour, des ambassadeurs économiques et culturels. La France doit voir l’effort qui leur est consacré comme un investissement d’avenir.

Une autre voie existe, nous portons des propositions et une vision pour l’université et son ouverture sur le monde. Donner aux étudiants une carte de séjour pluriannuelle dès leur admission, sur le modèle recommandé par la Cour des comptes. Créer un visa « Diplôme + 24 mois » qui retienne les talents formés, sur le modèle britannique. Ouvrir dans vingt-cinq métropoles des guichets uniques où préfecture, Sécurité sociale, logement et Crous travaillent ensemble. Compenser la perte des APL par les outils existants : garantie Visale, cohabitation intergénérationnelle, extension du modèle de la Cité internationale universitaire. Porter au niveau européen un visa STIM unifié (science, technologie, ingénierie et mathématiques), comme le recommande le rapport Draghi. Avec bien d’autres idées que nous avons pour faire en sorte que notre université retrouve le rang qu’elle mérite, pour les étudiants et pour la France.

Nous étudiants, représentants de la société civile, d’universités et parlementaires appelons le gouvernement à retirer la généralisation des frais différenciés et la restriction des APL, et à ouvrir un dialogue avec les universités, les associations étudiantes et les régions pour bâtir une politique d’attractivité à la hauteur. Nous appelons toutes celles et tous ceux qui croisent au quotidien des étudiants internationaux dans leurs amphithéâtres, leurs laboratoires, leurs résidences, à prendre la parole. La France gagne à ouvrir ses portes. Elle perdra à les fermer.

Liste des signataires

Organisations nationales et internationales
● Nathalie Tehio, présidente de la LDH
● Simone Lepore, président d’Erasmus Student Network International
● Enzo Garcia, président d’Erasmus Student Network France
● Suzanne Nijdam, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE)
● Mathieu Adenot, président d’Animafac
● Christophe Paris, directeur général de l’Afev
● Chloé Lilboureau, présidente du Réseau Étudiant pour une Société Écologique et Solidaire (RESES)
● Aurore Laloux, présidente des Jeunes Européens – France
● Sarah Biche, co-présidente du Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CNAJEP)

Parlementaires
● Mme Clémence Guetté, députée de la 2e circonscription du Val-de-Marne et vice-présidente de l’Assemblée nationale
● M. Fabrice Barusseau, député de la 3e circonscription de la Charente-Maritime
● M. Mickaël Bouloux, député de la 8e circonscription d’Ille-et-Vilaine
● M. Jacques Oberti, député de la 10e circonscription de la Haute-Garonne
● M. Jean-Louis Roumégas, député de la 1re circonscription de l’Hérault
● Mme Marie Pochon, députée de la 3e circonscription de la Drôme
● Mme Dominique Voynet, députée de la 2e circonscription du Doubs

● Mme Léa Balage El Mariky, députée de la 3e circonscription de Paris
● M. Paul Vannier, député de la 5e circonscription du Val-d’Oise
● Mme Sarah Legrain, députée de la 16e circonscription de Paris
● Mme Danièle Obono, députée de la 17e circonscription de Paris
● M. Pierrick Courbon, député de la 1re circonscription de la Loire
● M. Hendrik Davi, député de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône
● M. Manuel Bompard, député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône et coordinateur national de La France insoumise
● M. Sébastien Saint-Pasteur, député de la 7e circonscription de la Gironde
● M. Maxime Laisney, député de la 10e circonscription de Seine-et-Marne
● M. Arthur Delaporte, député de la 2e circonscription du Calvados
● M. Aymeric Caron, député de la 18e circonscription de Paris et président de Révolution écologique pour le vivant (REV)
● M. Bérenger Cernon, député de la 8e circonscription de l’Essonne
● M. Jean-Claude Raux, député de la 6e circonscription de Loire-Atlantique
● M. Guillaume Garot, député de la 1re circonscription de la Mayenne
● M. Idir Boumertit, député de la 14e circonscription du Rhône
● M. Arnaud Saint-Martin, député de la 1re circonscription de Seine-et-Marne
● M. Hussein Bourgi, sénateur de l’Hérault
● M. Yannick Jadot, sénateur de Paris
● Mme Mathilde Ollivier, sénatrice représentant les Français établis hors de France et vice-présidente de la commission des affaires européennes
● M. Akli Mellouli, sénateur du Val-de-Marne et vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées
● M. Fabien Gay, sénateur de la Seine-Saint-Denis et vice-président de la commission des affaires économiques

Représentants étudiants
● Charlotte Perez-Moncla, vice-présidente étudiante de l’Université Toulouse – Jean Jaurès
● Alexane Lequart, vice-présidente étudiante de l’Université de Montpellier
● Guilhem Roques, président du Parlement étudiant de l’Université de Toulouse
● Quentin Acquatella, vice-président étudiant d’Aix-Marseille Université
● Côme Forest, vice-président étudiant du Conseil académique de l’Université Jean Moulin Lyon 3
● Nicolas Mourgues, vice-président étudiant de l’Université Savoie Mont Blanc
● Andreas Mulard, co-président du Bureau des élèves de l’Institut Polytechnique de 
Paris et représentant des étudiants de master au conseil d’administration
● Mathieu Piallat, vice-président étudiant de l’Université de Toulouse
● Lola Dorval, vice-présidente étudiante de l’Université de Limoges

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