Lettre ouverte du collectif de détenus du 49
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« Nous, collectif de détenus incarcérés à la maison d’arrêt d’Angers, condamnés par les tribunaux correctionnels d’Angers et de Saumur, prenons la parole aujourd’hui dans une démarche pacifique, réfléchie et respectueuse. Aucun de nous n’est incarcéré pour des faits criminels, ni sous mandat de dépôt pour crime. Nous sommes des hommes engagés dans un processus de réflexion, de résilience et de demande de dignité.
Avant toute chose, nous souhaitons remercier le personnel pénitentiaire de la maison d’arrêt d’Angers. Malgré des conditions de travail qui se dégradent chaque jour, beaucoup d’entre eux font preuve de respect et tentent de nous accompagner du mieux qu’ils peuvent. Ce courrier ne s’attaque pas à eux, mais à un système qui, depuis trop longtemps, abandonne les détenus comme leurs surveillants.
Nous sommes incarcérés depuis plusieurs mois, parfois plusieurs années. Nous avons commis des erreurs, nous en sommes conscients, et nous croyons au pardon, à la justice restaurative, à la seconde chance. Nous sommes détenus, oui, mais aussi pères, maris, compagnons, fils, amis. Et surtout : nous sommes des êtres humains, avec nos forces et nos fragilités.
Des conditions de détention indignes, qui violent nos droits fondamentaux
La maison d’arrêt d’Angers a été construite en 1855 pour accueillir 216 détenus. Aujourd’hui, nous sommes 480, tous quartiers confondus, soit un taux d’occupation de plus de 222 %.
• Dans de nombreuses cellules, trois détenus vivent dans moins de 9 m², 21 heures sur 24.
• Des malades psychiques sont mélangés à d’autres détenus, sans encadrement adapté.
• Des fumeurs partagent leur cellule avec des non-fumeurs.
• Les délais pour voir un médecin ou un psychologue sont de plus en plus longs.
• Les toilettes sont sans porte ni rideau, au vu de tous.
• Nous avons accès à la douche seulement 3 fois par semaine.
• Certains dorment à même le sol, sur un matelas posé sur du béton.
• Les fenêtres sont cassées, en hauteur, sans vue vers l’extérieur, souvent sans vitrage adapté.
• Il n’y a pas d’interphone ou de bouton d’urgence dans les cellules en cas de danger la nuit.
• Les locaux sont insalubres, faute d’entretien depuis des décennies.
• Les parloirs sont sans intimité : une seule salle pour toutes les familles, sous les yeux de tous.
Une détention qui détruit, isole et rend fou
Nous n’avons presque plus d’activités proposées. Il n’y a plus ou peu de travail. La privation d’activité, l’ennui, la surpopulation, les tensions, tout cela favorise les violences, les dépressions, les suicides.
Les rapports de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté le disent chaque année : la situation est alarmante, et elle empire.
Une nouvelle prison prévue… pour 2029 ?
On nous parle d’une nouvelle prison prévue pour 2029, mais les retards s’accumulent : recours juridiques, freins écologiques ou municipaux… Pendant ce temps, nous vivons une détention indigne, aujourd’hui, pas dans quatre ans.
Ce que nous demandons
Nous, collectif de détenus du 49, demandons :
1. La reconnaissance publique de nos conditions de détention indignes.
2. Une réponse claire et écrite de l’administration pénitentiaire et des pouvoirs publics.
3. La publication de notre lettre dans Le Courrier de l’Ouest et Ouest-France.
4. L’affichage de cette lettre et de votre réponse dans tous les étages et cours de promenade de la maison d’arrêt.
5. Que cette réponse soit effective avant le 14 juillet 2025.
Ce que nous ne voulons pas
Nous ne voulons ni violence, ni rébellion, ni conflit avec le personnel pénitentiaire. Nous voulons être entendus. Nous demandons dignité, respect des droits fondamentaux, et conditions humaines de détention.
Nous voulons que la société nous voie pour ce que nous sommes : des hommes capables de changer, et en droit d’être traités avec respect. »