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Publié par Tribune dont la LDH est signataire

Copie d'écran France 24

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Voir la tribune sur Libération

Par un collectif d’associations et de personnes solidaires à la frontière

En 2026, il n’y a plus «une» jungle mais plusieurs, de Dunkerque à Berck, où 2 000 à 3 000 personnes survivent dans l’errance administrative. Face à leur invisibilisation, le collectif d’associations et de personnes solidaires à la frontière renouvelle l’appel signé en 2015.

En octobre 2015, près de 50 000 citoyen-ne-s et 800 personnalités signaient l’appel de Calais, un texte écrit par des membres du Collectif des cinéastes pour les «sans-papiers» et adressé au gouvernement. Il demandait «un large plan d’urgence pour sortir la jungle de Calais de l’indignité dans laquelle elle se trouve» et dénonçait le désengagement de la puissance publique.

Un an plus tard, en octobre 2016, l’Etat a fait un tout autre choix : il a détruit le bidonville, expulsé ses habitant-e-s et les a dispersé-e-s à travers la France. Si l’opération a pu sembler un succès, c’est que, pour une fois, les pouvoirs publics avaient pris en compte l’une des causes de la situation : le règlement Dublin a été suspendu, permettant à celles et ceux qui le souhaitaient de demander l’asile en France. Mais l’opération était avant tout médiatique : effacer au plus vite les traces de cette ville en devenir qu’était la «Grande Jungle», sans solution pour les personnes qui ne souhaitaient pas rester en France, dont de nombreux enfants non accompagnés. Depuis 2016, ces personnes et de nombreuses autres sont revenues sur le littoral. La destruction du bidonville n’a été qu’une illusion.

Dix ans après, il n’y a plus «une jungle», mais «des jungles». Entre 2 000 et 3 000 personnes survivent sur le littoral, de Dunkerque à Berck, reléguées aux marges des villes et des villages. La politique dite du «zéro point de fixation» organise leur dispersion : expulsions toutes les quarante-huit heures, confiscation des effets personnels, accès aux services entravés, obstacles à la solidarité. Harcèlement, traitements inhumains et dégradants : les mots ne manquent pas pour qualifier cette politique. Depuis les années 90, au moins 559 personnes sont mortes en tentant de rejoindre le Royaume-Uni dont 22 enfants, en 2024 et 2025.

Du désengagement à la répression

D’une politique de désengagement, les puissances publiques sont passées à une politique active de répression qui met toujours plus en danger la vie des personnes exilées – et de celles qui les aident. C’est le choix de la France et du Royaume-Uni : plus de 1,5 milliard d’euros britanniques engagés depuis 2018 pour l’hostilité, plutôt que pour l’hospitalité.

Les barbelés ont mutilé des corps. Les expulsions ont détruit et épuisé. La bunkérisation a tué.

La frontière s’est étendue de Calais à Cherbourg, jusqu’en Belgique – avec elle, la fabrique de l’errance administrative et psychique, la banalisation de l’inhumain. Criminaliser la solidarité et l’accueil : c’est la frontière que nos responsables politiques ont accepté de franchir. Habitant·es du littoral, bénévoles et associations continuent pourtant d’accueillir, de soigner, d’accompagner et de témoigner, refusant la normalisation de l’inacceptable.

Ce qui se passe ici n’est pas isolé. Calais est devenu le triste «laboratoire» des politiques menées contre les droits humains aux frontières de l’Europe, de la Méditerranée à la Manche. Depuis 2016, le règlement Dublin s’applique de nouveau et prive les personnes d’un accès effectif à l’asile. Le pacte européen sur la migration et l’asile, entré en application cette année, durcit le tri aux portes de l’Europe, et l’accord franco-britannique «one in one out»qui a organisé les renvois de centaines de personnes exilées du Royaume-Uni vers la France, sans solution pérenne, vient seulement de prendre fin. Partout, l’extrême droite progresse. Sur le littoral, des groupes d’extrême droite britanniques se rendent sur les campements, afin de propager des appels à la haine. Le mythe de «l’appel d’air», du «grand remplacement» ou de la «remigration» fait des personnes exilées une menace, pour mieux justifier leur rejet. Les promesses de la Convention de Genève semblent bien loin.

Comme en 2015, nous réaffirmons notre humanité commune comme boussole. Il n’y a pas de hiérarchie dans la pauvreté, dans la précarité, ni dans la solidarité. Ce qui se passe à Calais nous concerne toutes et tous.

Face à ces constats, nous demandons :

la fin de l’approche répressive et sécuritaire, à commencer par les expulsions et la politique du «zéro point de fixation» ;

des solutions d’accueil digne ;

le respect du libre choix du pays d’asile, à commencer par la suspension du règlement ReGAM (qui a remplacé le règlement Dublin) comme en 2016 ;

la fin de la criminalisation des personnes solidaires ;

une coopération franco-britannique tournée vers l’accueil et l’ouverture de voies légales et sûres, plutôt que vers la répression.

Face à l’invisibilisation, nous renouvelons aujourd’hui cet appel. Il s’adresse à celles et ceux qui l’ont signé en 2015, et à toutes celles et ceux qui refusent de s’habituer à l’inacceptable. Nous vous appelons à vous mobiliser, sur scène, dans vos œuvres, dans votre quotidien.

Eux sont toujours là. Et vous ?

Nous dédions cet appel à toutes les personnes ayant perdu la vie sur la route migratoire.

Parmi les signataires : Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature, Camille Etienne, activiste et autrice, Marina Foïs, actrice, Adèle Haenel, actrice, Edouard Louis, ecrivain, Corinne Masiero, actrice, Guillaume Meurice, humoriste, Yolande Moreau, actrice, Geoffroy de Lagasnerie, philosophe, Didier Eribon, philosophe, Didier Fassin, professeur au Collège de France Danièle Lochak, universitaire, ancienne présidente du Gisti, Frédéric Lordon, philosophe, Françoise Vergès, autrice, Jean-François Corty, Président de Médecins du monde, Isabelle Defourny, Présidente de Médecins sans frontières, Yann Manzi Cofondateur et directeur général d’Utopia 56, Bruno Morel, Président d’Emmaüs France, Anne Savinel-Barras, Présidente d’Amnesty International France, Nathalie Tehio, Présidente de la LDH (Ligue des droits de l’homme / droit humains)… La liste complète des signataires

 

 

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