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Publié par Melik Salemkour, dans une tribune sur Médiapart

Les derniers mois ont été très éprouvants, après un confinement de toute la population, jamais vu, et une reprise de l’activité hésitante et anxiogène. La période estivale qui s’ouvre permet un repos salutaire pour beaucoup, profondément marqués par les traces indélébiles laissées par une pandémie de la Covid-19 meurtrière qui a déjà fait plus de trente-mille morts, et toujours non maîtrisée. Notre vie quotidienne est durablement bousculée, les gestes barrières et les masques modifient nos relations sociales et une incertitude lourde pèse sur le futur qui annonce de noirs desseins économiques avec des plans sociaux opportunistes qui se multiplient, un chômage qui explose et une précarité accrue, particulièrement pour les plus fragiles.

Face à cette situation extraordinaire, Emmanuel Macron a déclaré vouloir tout changer, ouvrir un nouveau cap pour un avenir radicalement différent. La vision ultralibérale de restrictions budgétaires est mise de côté et les milliards d’euros jusqu’ici introuvables le sont devenus pour soutenir l’activité, répondre enfin aux besoins des hôpitaux ou augmenter des minimas sociaux. En même temps, il déclare de manière martiale vouloir poursuivre de manière inchangée la politique qui l’a conduit au pouvoir en 2017, en promettant une nouvelle fois la main sur le cœur de plus concerter, de mieux écouter. Pour cela, il a nommé un nouveau Premier ministre, Jean Castex, et joué aux chaises musicales au sein du gouvernement, reconduisant l’essentiel de l’équipe sortante et imposant un choix symbolique au ministère de l’Intérieur, qui heurte.

Manifestement, le président de la République a du mal à comprendre ses concitoyens et ses concitoyennes, leurs attentes, et à voir ses propres responsabilités dans les tensions que vit la France. Il considère que « Notre pays au fond a peur, il y a une crise de confiance, confiance à l'égard de lui-même », alors que la défiance est forte envers les pouvoirs publics et l’Etat qui assurent mal la solidarité, entre les territoires, leurs villes et leurs quartiers, entre les générations, entre les riches et les plus fragiles, et qui oublient l’égalité des droits et la justice. Les leçons ne sont pas tirées des élections municipales, sur une participation civique d’un niveau exceptionnellement bas, sur une prise en compte effective des enjeux du climat et de l’environnement, sur une décentralisation imparfaite comme sur la place de contrepouvoirs locaux et nationaux, à fortifier.

Jean Castex fait un constat d’échec cinglant envers son prédécesseur et comme envers le président de la République : il faut « ressouder le pays » et « ces France si différentes ». Si le constat est hélas juste, sa réponse est édifiante avec l’annonce d’une loi contre les « séparatismes », notion indéfinie et dangereuse en ce qu’elle risque encore de stigmatiser injustement une partie de la population française du fait de sa religion.

Pourtant, d’autres réponses sont possibles pour la paix sociale et renforcer l’unité nationale. En écho à nombre de propositions associatives dont celles de la LDH, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, les détaille à la fin d’un mandat remarquable avec un appel à l’urgence à agir contre toutes les discriminations et avec des recommandations précises et opportunes sur le maintien de l’ordre afin de sortir du déni institutionnel des violences policières et du sécuritaire. Claire Hédon, qui lui succède, aura une lourde tâche qu’elle portera avec ses qualités propres qu’on a su apprécier à ATD Quart Monde, partenaire de longue date de la LDH. Elle aura notre plein soutien pour que ces mesures soient enfin mises en œuvre. De même, Adeline Hazan, qui a brillamment incarné pendant six ans la mission de Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, dresse un bilan sévère de la situation, particulièrement dans les prisons et dans les établissements de santé mentale, soumis à des contraintes budgétaires intenables qui conduisent à des atteintes insupportables aux droits fondamentaux des personnes concernées. Nul individu ne peut en être exclu. Les ignorer ou les atténuer pour certains revient à bafouer les principes et les valeurs de notre République qui fondent et unissent la communauté nationale.

La rentrée sera dure sur les plans économiques et sociaux, avec des impatiences démocratiques et de justice qui ne peuvent rester longtemps encore insatisfaites, sauf à ouvrir un futur plus sombre encore. Les mêmes droits partout, pour toutes et pour tous, restent une boussole utile pour refonder une démocratie, sociale, environnementale et solidaire, tant au niveau local que national.

 Paris, le 24 juillet 2020

Malik Salemkour, président de la LDH

 

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