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Publié par Communiqué commun Ligue des droits de l’Homme (LDH) et comité Tchétchénie

Ces derniers jours, les Tchétchènes se retrouvent au centre de l’attention. En effet, des incidents graves sont survenus très récemment dans plusieurs villes de France et, tout dernièrement, à Dijon et à Nice. Nos associations réaffirment leur attachement aux droits de l’Homme et elles ne cautionnent ni la violence, ni la vengeance.

Ces événements ont suscité une vague de réactions, notamment au sein des responsables politiques.

Certaines d’entre elles nous préoccupent tout particulièrement car elles émanent d’élus représentant des mouvements politiques de différentes orientations ou bien encore d’une autorité administrative.

Ainsi, le ministère de l’Intérieur déclare vouloir examiner systématiquement la possibilité d’expulser des étrangers qui seraient impliqués dans des troubles à l’ordre public. Monsieur Estrosi, maire de Nice, stigmatise l’ensemble des Tchétchènes vivant en France en évoquant « une communauté tchétchène » qui lutterait pour le monopole sur le marché du trafic de stupéfiants, le 16 juin 2020 sur BFM.TV et remet en cause la pertinence de l’octroi du statut de réfugié à cette « communauté » là. C’est également au droit d’asile que s’attaque Monsieur Quatennens, député de La France insoumise du Nord, sur France Inter, le 17 juin 2020, en mettant « à l’ordre du jour » l’expulsion des demandeurs d’asile ou des réfugiés mis en cause dans ces incidents.

Ces déclarations nous paraissent extrêmement inquiétantes pour le mépris des droits fondamentaux dont elles témoignent et pour leur caractère discriminatoire et stigmatisant à l’encontre d’une population désignée collectivement comme nuisible.

Nous demandons aux autorités françaises de dénoncer et de condamner ces déclarations. Ces propos peuvent relever d’une atteinte aux droits fondamentaux stipulés aux termes de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et de l’article 33-1 de la Convention de Genève, auxquelles les exposent les expulsions et notamment celles de demandeurs d’asile ou de réfugiés. Nous leur demandons de garantir le respect de ces conventions internationales qu’elles ont signées.

Par ailleurs, nos associations rappellent que beaucoup de personnes originaires de Tchétchénie ont dû quitter leur pays au moment des deux guerres qui ont opposé la République de Tchétchénie, en quête d’indépendance, à la Russie. Ces deux conflits ont fait des dizaines de milliers de morts conduisant à une décimation du peuple tchétchène. C’est la somme des exactions commises, notamment contre les civils tchétchènes, qui a conduit ces derniers à l’exil et à chercher une protection durable dans les pays démocratiques.

Nous attirons enfin l’attention sur le fait que la République de Tchétchénie, qui fait partie de la Fédération de Russie, vit sous un régime ultra-autoritaire et très répressif, que les violations des droits de l’Homme et la répression se poursuivent dans toute la Fédération, régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) contraignant encore de nombreux Tchétchènes à l’exil. Est-il besoin de rappeler ce qui a été si largement documenté par tant de témoignages, d’écrits, d’images, d’analyses, de rapports : les guerres, les exactions, les détentions arbitraires, les tortures, les assassinats politiques (dont ceux, en Europe, de Zelimkhan Khangoshvili, le 23 août 2019, à Berlin, et d’Imran Aliev, le 20 janvier 2020, à Lille, pour ne mentionner que les plus récents), les humiliations publiques, filmées et diffusées sur des chaines de télévision locales et les mariages forcés ?

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