Communiqués LDH du 9 au 13/02/2026
- Quatre ans de guerre d’agression totale menée par la Russie
- Rejetez la liste européenne des « pays d’origine sûrs » – La Tunisie n’est pas un pays sûr
- Nord de la Syrie : une action urgente est nécessaire pour protéger les civils et permettre l’acheminement de l’aide humanitaire
- Solidarité avec le peuple palestinien ! Levée du blocus, ouvrez Gaza ! Non à la logique coloniale du plan Trump !
- Numérique : les politiques sécuritaires et liberticides n’ont jamais permis de lutter contre les violences
1 Quatre ans de guerre d’agression totale menée par la Russie
Manifestons partout en France autour du 24 février 2026 : à Paris le 21 février à 14h place de la République
Pour une paix juste et durable en Ukraine
Le 24 février 2022, Vladimir Poutine ordonnait l’invasion générale de l’Ukraine pour que la Russie en prenne le contrôle.
Depuis lors, la LDH (Ligue des droits de l’Homme) dénonce cette guerre d’agression. Avec nombre de partenaires, elle a appelé la communauté internationale à intervenir pour obtenir le retrait total des forces russes, en utilisant tous les outils du droit international et de pressions économiques et diplomatiques, en donnant à l’Ukraine les moyens nécessaires pour résister militairement. Quatre ans après, bien davantage peut être fait, doit être fait.
Tout au long des derniers mois, l’offensive militaire de la Russie s’est élargie et se traduit depuis ces dernières semaines par la destruction des infrastructures énergétiques essentielles à la population. De surcroît, avec l’arrivée de Donald Trump, l’Ukraine est mise sous pression par les Etats-Unis pour, d’une part, abandonner à la Russie les territoires ukrainiens qu’elle occupe, ainsi que les territoires où se situent des lignes de défense essentielles et pour, d’autre part, lui céder le contrôle de ses ressources en matières premières.
Dans ce contexte profondément inquiétant, la dénonciation de l’agression doit s’amplifier, là-bas et ici. Il est important à cet égard que, le 17 mars 2023, la Cour pénale internationale (CPI) ait émis des mandats d’arrêt contre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova, commissaire russe aux droits de l’enfant, pour leurs responsabilités dans les expulsions et transferts illégaux d’enfants d’Ukraine vers la Russie. En juin 2024, la CPI a également délivré des mandats d’arrêt à l’encontre de Viktor Sokolov, Sergueï Kobylach, Sergueï Choïgou et Valeri Guerassimov accusés de crime contre l’humanité. Ces responsables de premier plan d’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ne sont plus assurés de leur impunité, même si certains Etats refusent d’appliquer ces mandats.
En Ukraine, le peuple poursuit son combat avec des soutiens internationaux, dont ceux de l’Union européenne, loin hélas, d’assurer les conditions nécessaires pour mener à une paix juste et durable, au respect de ses frontières internationalement reconnues.
C’est pourquoi, et afin de renforcer notre solidarité, la LDH appelle, aux côtés de nombreuses associations ukrainiennes et françaises, des syndicats et des partis politiques engagés aux côtés de l’Ukraine résistante, à participer aux initiatives en soutien au peuple ukrainien qui auront lieu partout en France.
A Paris, le 21 février à 14h, place de la République
Pour une paix juste et durable
Arrêt des bombardements
Troupes russes hors d’Ukraine
Solidarité avec la résistance ukrainienne
Pas de conditions imposées à l’Ukraine
Paris, le 11 février 2026
2 Rejetez la liste européenne des « pays d’origine sûrs » – La Tunisie n’est pas un pays sûr
Communiqué de l’Anafé dont la LDH est membre
Lire le communiqué sur le site de l’Anafé
À l’approche du vote au Parlement européen le 10 février, nous, les organisations soussignées, exhortons les député-e-s européen-ne-s à rejeter la liste européenne proposée des pays dits « d’origine sûrs ». Cette liste est un instrument qui sert à refuser l’accès à la protection et à légitimer la violence et les persécutions dans ces pays. On ne peut pas rendre un pays sûr en l’inscrivant sur une liste, comme le montre l’exemple de la Tunisie.
Eu égard à la dérive antidémocratique de la Tunisie sous la présidence de Kaïs Saïed, à la répression systématique des opposant-e-s politiques, aux atteintes graves portées à la société civile, à l’indépendance du pouvoir judiciaire et à la liberté des médias, ainsi qu’aux violations manifestes et répétées des droits humains à l’encontre des personnes migrantes, réfugiées et des ressortissant-e-s tunisien-ne-s, nous, organisations de recherche et de sauvetage et de défense des droits humains, exprimons notre opposition ferme à l’inclusion de la Tunisie dans cette liste. Nous demandons que la Tunisie ne soit pas considérée comme un lieu sûr pour les personnes secourues en mer, ni comme un pays d’origine sûr.
La désignation de la Tunisie comme pays d’origine sûr porte fondamentalement atteinte au droit d’asile et est en contradiction flagrante avec la situation des droits humains sur le terrain. Elle permet d’accélérer les procédures d’asile et les expulsions illégitimes, privant les ressortissant-e-s tunisien-ne-s de leur droit à une évaluation individuelle, équitable et efficace de leur demande d’asile, tout en favorisant un climat d’impunité au bénéfice des autorités tunisiennes à l’égard des violations systématiques commises contre les migrant-e-s, la société civile et l’espace civique au sens large.
Cette désignation représente une nouvelle extension de la coopération de l’Union européenne (UE) avec la Tunisie en matière de contrôle des frontières et de recherche et sauvetage : tout en traitant implicitement la Tunisie comme un lieu sûr pour les personnes interceptées en mer et renvoyées dans des conditions où leurs droits fondamentaux ne sont pas respectés, l’UE cherche désormais à déclarer le pays sûr pour les ressortissant-e-s tunisien-ne-s eux-mêmes.
La situation des droits humains en Tunisie exclut clairement toute classification comme « sûre ».
En vertu du droit de l’UE, un « pays d’origine sûr » est défini comme un pays où, de manière générale et constante, il n’y a pas de persécution, pas de risque de torture, de traitement inhumain ou dégradant, où l’Etat de droit est respecté et où les droits fondamentaux sont effectivement protégés. En août 2025, la Cour de justice de l’UE a précisé qu’une telle désignation doit être fondée sur des preuves actualisées et fiables, s’appliquer à l’ensemble du territoire et ne peut ignorer les groupes exposés à des persécutions ou à des atteintes graves. Compte tenu de la répression, de la discrimination et des violences documentées en Tunisie, ces critères ne sont manifestement pas remplis.
Au cours des dernières années, la Tunisie a connu une profonde transformation autoritaire. Depuis 2021, le président Kaïs Saïed a démantelé les contre-pouvoirs démocratiques, gouverné par décret, sapé l’indépendance judiciaire et présidé à une répression systématique des opposant-e-s politiques, des syndicalistes, des organisations de la société civile, des journalistes, des avocat-e-s et des défenseur-euse-s des droits humains. Les organes des Nations unies, plusieurs organisations internationales et locales, des défenseur-euse-s des droits humains et des avocat-e-s ont signalé une détérioration alarmante des libertés civiles et des droits fondamentaux en Tunisie, qui touche à la fois la population migrante et les citoyen-ne-s tunisien-ne-s. Depuis 2021, le pays a connu un recul significatif des droits humains, caractérisé par le démantèlement des garanties institutionnelles, l’érosion de l’indépendance judiciaire et la répression de la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Un décret-loi de 2022 a été utilisé pour poursuivre des centaines de citoyen-ne-s, en ciblant spécifiquement les opposants. En 2024 et 2025, la répression contre les opposant-e-s politiques présumés, la société civile et les populations minoritaires en Tunisie s’est encore intensifiée, les organisations de la société civile étant contraintes de cesser leurs activités et les opposant-e-s politiques étant condamnés à des peines de 22 à 66 ans de prison, voire à la peine de mort, pour avoir critiqué le gouvernement.
Ces conclusions démontrent de manière constante que la Tunisie ne remplit pas les critères les plus élémentaires pour être considérée comme un pays d’origine sûr. Ignorer ces réalités au nom du contrôle des migrations constitue un grave échec politique et moral.
Les deux faces d’une même médaille : la désignation de « pays sûr » comme prolongement de la politique d’externalisation de l’UE
Malgré les violations massives et bien documentées des droits humains commises par les autorités tunisiennes, l’UE et ses Etats membres ont non seulement poursuivi, mais aussi considérablement renforcé leur coopération politique, financière et opérationnelle avec l’administration du président Kaïs Saïed. L’objectif est clair : personne ne doit atteindre l’UE à tout prix. La proposition de classer la Tunisie comme pays d’origine sûr ne peut être considérée hors de son contexte. Avec cette décision, l’UE poursuit ses politiques d’externalisation de longue date avec la Tunisie dans les domaines du contrôle des frontières, de la gestion des migrations et de la recherche et du sauvetage.
Cette coopération a abouti à la signature, en juillet 2023, d’un protocole d’accord entre l’UE et la Tunisie, dans lequel l’UE s’est engagée à verser jusqu’à un milliard d’euros, dont une partie importante destinée au contrôle des frontières et des migrations. Elle a abouti à l’externalisation des responsabilités en matière de recherche et de sauvetage aux autorités tunisiennes, y compris le soutien aux garde-côtes tunisiens et la création d’une région tunisienne de recherche et de sauvetage, facilitant les interceptions illégales en mer et les retours vers un pays où les droits fondamentaux sont systématiquement violés.
Cet accord a été signé malgré la déclaration rhétoriquement raciste du président Kaïs Saïed en février 2023, malgré l’absence de système d’asile fonctionnel en Tunisie et malgré l’expulsion forcée de migrant-e-s et de réfugié-e-s vers les zones frontalières et le désert, en violation du principe fondamental de non-refoulement.
Le fait de classer la Tunisie comme un pays d’origine sûr renforce encore cette logique dissuasive. D’une part, les personnes sont confinées en Tunisie et empêchées de fuir, ce qui porte atteinte à leur droit de demander l’asile (DUDH, art. 14(1)) et à leur droit de quitter tout pays, y compris le leur (DUDH, art.13(2) ; PIDCP, art. 12(2)). D’autre part, les ressortissant-e-s tunisien-ne-s qui atteignent l’Europe se voient refuser un accès significatif à l’asile par le biais de procédures accélérées destinées à faciliter leur expulsion rapide. Il ne s’agit pas d’une politique de protection, mais d’un contrôle des migrations déguisé sous le prétexte d’une réforme de l’asile. Elle externalise la responsabilité, porte atteinte à la Convention relative au statut des réfugié-e-s et rend l’UE complice de violations des droits humains au lieu de les prévenir.
Notre appel au Parlement européen
En tant qu’organisations de recherche et de sauvetage ainsi que de défense des droits humains, nous avons constaté que les accords migratoires conclus avec la Tunisie se sont révélés coûteux au cours de la dernière décennie, entraînant davantage de violations des droits humains des réfugié-e-s et des migrant-e-s et davantage de décès en mer. De plus, ils rendent l’UE dépendante de régimes et de gouvernements autoritaires qui peuvent utiliser la migration comme levier pour servir leurs propres intérêts politiques.
Fortes de cette expérience, nous appelons le Parlement européen à respecter le droit européen et les obligations internationales, et à agir en solidarité avec les personnes qui doivent chercher protection.
Nous vous exhortons à rejeter la liste européenne des pays d’origine sûrs. La Tunisie n’est ni un pays d’origine sûr pour ses citoyen-ne-s, ni un lieu sûr pour les personnes interceptées ou secourues en mer. L’extension des outils d’asile fondés sur des présomptions ne réduira pas la migration ; elle compromettra au contraire le droit fondamental à l’asile, accélérera les violations des droits, augmentera le recours à des itinéraires de fuite dangereux et renforcera la complicité de l’UE dans la répression et la violence.
Paris, le 11 février 2026
Signataires : Afrique europe interact, Alarme Phone Sahara, Alternative Espaces Citoyens (AEC), Association nationale d’assistance aux frontières pour les personnes étrangères (Anafé), ARCI, Baobab experience, Border Violence Monitoring Newtwork, borderline-europe Menschenrechtre ohne Grenzen e.V., CCFD-Terre Solidaire, Collectif des Organisations de la Société Civile Sénégalaise (COSCE), CompassCollective, EMERGENCY, European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR), Federation tunisienne pour une citoyenneté de deux rives (FTCR), Flüchtlingsrat Niedersachsen, Forum Tunisien pour les Droits Économiques et sociaux (FTDES), IWATCH, KISA – Action for Equality, Support, Antiracism, LDH (Ligue des droits de l’Homme), MEDITERRANEA Saving Humans, migration-control.info project, Médecins Sans Frontières (MSF), No Peace Without Justice, Pilotes Volontaires, PRO ASYL, Red Acoge, Refugees in Libya, Refugees platform In Egypt, RESQSHIP, Salvamento Marítimo Humanitario (SMH), Sea-Eye e.V., Sea Punks e.V., Sea-Watch e.V., Seebrücke, SOS MEDITERRANEE, SOS Humanity e.V., TOM Tutti gli Occhi sul Mediterraneo, United4Rescue – Gemeinsam retten e.V., Watch the Med AlarmPhone, World Organization against Torture (OMCT)
3 Nord de la Syrie : une action urgente est nécessaire pour protéger les civils et permettre l’acheminement de l’aide humanitaire
Communiqué commun dont la LDH est signataire
Nous, les organisations de défense des droits fondamentaux soussignées, exprimons notre inquiétude face à la détérioration continue de la situation humanitaire et des droits fondamentaux dans le nord de la Syrie à la suite des récentes opérations militaires menées dans la région.
Depuis janvier 2026, les opérations militaires menées dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh à Alep se sont étendues à d’autres zones, notamment la rive orientale de l’Euphrate. Selon des sources locales et des organisations de défense des droits fondamentaux, ces opérations auraient fait de nombreuses victimes civiles, provoqué des déplacements forcés à grande échelle et entraîné la disparition de dizaines, voire de centaines de personnes, ce qui soulève de graves préoccupations quant à la protection des civils et au respect du droit international humanitaire et des droits fondamentaux.
Un nombre important de civils déplacés de force ont cherché refuge à Kobani, une ville située à la frontière syro-turque, dont la population a considérablement augmenté en peu de temps. Kobani reste pratiquement isolée du reste de la Syrie, alors que les besoins humanitaires ont atteint un niveau critique. L’aide humanitaire et le soutien de la société civile aux civils de Kobani restent fortement limités en raison de la fermeture continue du poste-frontière turc de Mürşitpınar, en vigueur depuis 2016, malgré l’urgence humanitaire évidente.
Nous sommes profondément alarmés par le fait que l’approche adoptée par les autorités de transition syriennes à l’égard des communautés ethniques et religieuses, y compris les populations kurdes, risque de renforcer l’exclusion, l’insécurité et les déplacements. Toute transition politique crédible et durable en Syrie doit être fondée sur le respect total de l’égalité, de la citoyenneté et des droits culturels et linguistiques de toutes les communautés.
Nous, les organisations soussignées, exhortons les autorités turques à :
- Ouvrir immédiatement le poste-frontière de Mürşitpınar afin de permettre l’acheminement sûr, rapide et sans entrave de l’aide humanitaire aux civils de Kobani et des environs, conformément aux obligations de la Turquie en vertu du droit international humanitaire.
- Veiller à ce que les politiques frontalières et de sécurité n’aggravent pas davantage la crise humanitaire et n’entravent pas l’aide vitale apportée aux populations civiles fuyant les violences.
Nous appelons l’Union européenne et ses Etats membres à :
- Engager d’urgence le dialogue avec les autorités turques afin de faciliter l’accès humanitaire au nord de la Syrie par les voies diplomatiques et politiques.
- Accroître l’aide humanitaire aux populations touchées dans le nord de la Syrie, en particulier aux personnes déplacées à l’intérieur du pays et aux communautés d’accueil.
- Surveiller de près le comportement de toutes les parties en Syrie, y compris les autorités de transition et les Forces démocratiques syriennes (FDS), et veiller à ce que les violations du droit international humanitaire et des droits fondamentaux soient sanctionnées.
- Soutenir un processus politique inclusif qui garantisse les droits, la sécurité et l’égalité de citoyenneté de toutes les communautés ethniques et religieuses, condition préalable à la stabilité et à la paix.
Le 10 février 2026
Signataires : EuroMed Rights, Kaos GL Association, Rosa Women Association, Human Rights Association (İHD), KISA – Action for Equality, Support, Antiracism, Libya Crimes Watch, Diyarbakır Bar Association Children’s Rights Center, Foundation For Society and Legal Studies (TOHAV), Gulf Centre for Human Rights (GCHR), Syrians for Truth and Justice (STJ), Association for Monitoring Equal Rights (AMER), The New Woman Foundation, Truth Justice Memory Center, Equal Citizenship Center (ECC), Women for Women’s Human Rights – New Ways (WWHR), Huquqyat, LDH (Ligue des droits de l’Homme)
4 Solidarité avec le peuple palestinien ! Levée du blocus, ouvrez Gaza ! Non à la logique coloniale du plan Trump !
Communiqué LDH et appel à rassemblements partout en France le 14 février 2026
A Angers, à 15h, rassemblement 15h place Mondain Chanlouineau
En Cisjordanie, dont Jérusalem-Est, la colonisation israélienne se poursuit à marche forcée. La population palestinienne de la bande de Gaza continue à mourir sous les balles et les bombardements de l’armée israélienne. Plus que jamais, l’urgence est à la mobilisation pour l’application du droit international en Palestine. Le « Conseil de la paix » installé par Trump, qui poursuit ouvertement l’objectif d’évincer l’ONU, rassemble les dirigeants les plus autoritaires du monde entier, y compris Netanyahou, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Ce dernier continue à largement bloquer l’acheminement de la nourriture, des médicaments, de tout ce qui est nécessaire pour des conditions de vie minimale.
Exprimer une solidarité avec le peuple palestinien est toujours aussi nécessaire. La LDH (Ligue des droits de l’Homme) soutient les mobilisations du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI) et appelle à manifester, partout en France, le samedi 14 février 2026.
Nous exigeons :
– à Gaza, l’accès complet et sans restriction de l’aide humanitaire, des ONG internationales, des médias internationaux, la liberté d’entrer et de sortir pour la population palestinienne, l’arrêt immédiat des bombardements et le retrait complet des troupes israéliennes ;
– conformément aux résolutions de l’ONU, la fin de l’occupation du territoire palestinien, de la colonisation, et l’exercice du droit au retour des réfugiés palestiniens ;
– des sanctions contre Israël, qui viole les droits humains et le droit international humanitaire depuis des décennies, dont la suspension de l’accord d’association avec l’Union européenne tant que dure l’occupation illicite du territoire palestinien ;
– une paix juste et durable sur la base des résolutions de l’ONU et sous son égide, négociée avec la pleine participation des autorités palestiniennes ;
– la libération des prisonniers politiques palestiniens.
En France, la LDH appelle au respect de la liberté d’expression, en l’occurrence pour manifester une solidarité au peuple palestinien pour le respect de ses droits, et donc au retrait définitif de la proposition de loi 575 « Yadan » de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
Nous appelons à de larges mobilisations partout en France sur ces bases.
A Paris, manifestation le samedi 14 février 2026, à 14h, au départ de Nation.
Paris, le 13 février 2026
5 Numérique : les politiques sécuritaires et liberticides n’ont jamais permis de lutter contre les violences
Tribune collective dont la LDH est signataire
Alors que l’intelligence artificielle générative – notamment Grok – est utilisée pour créer des images sexualisées sans consentement, ce sont des réponses inadaptées et simplistes qui sont apportées à des problèmes qui nécessitent des solutions systémiques. Pour un ensemble de spécialistes, militantes et collectifs, « il est grand temps de lutter contre la toute-puissance de ces corporations internationales étrangères, et de faire valoir le droit européen pour un espace public en ligne sûr. »
Ces dernières semaines ont été marquées par de nouveaux scandales en matière de détournement des réseaux sociaux et des outils numériques au service du patriarcat.
Pendant les fêtes de fin d’année, l’intelligence artificielle Grok a été intégrée à la plateforme X. Des internautes en ont profité pour générer des images dénudées de femmes et d’enfants, parmi les victimes de ces deepfakes se trouvaient des adolescentes mortes dans l’incendie de Crans-Montana. L’utilisation de l’intelligence artificielle générative pour créer des images sexualisées sans consentement n’est pas récente : les organisations féministes tirent la sonnette d’alarme depuis l’apparition de ces technologies.
La société civile appelle également, et ce depuis longtemps, à lutter contre les contenus pédocriminels. Le volume de ces contenus a augmenté de façon spectaculaire ces 20 dernières années et près d’un-e enfant sur cinq en Europe a été confronté à des sollicitations sexuelles en ligne. Ce à quoi la Commission européenne a feint de répondre avec un projet de loi liberticide dit “Chat Control”.
De fausses bonnes idées qui ne conviennent pas à la réalité du terrain
Mais quelles sont les solutions préconisées jusqu’ici ? Tout simplement interdire les réseaux sociaux aux mineur-e-s de moins de 15 ans, et surveiller en masse les discussions privées.
Des réponses inadaptées et simplistes, à des problèmes qui nécessitent pourtant des solutions systémiques. Pire, elles créent de nouvelles vulnérabilités, sans efficacement lutter contre la dérive initiale.
Depuis quand interdire l’accès à un espace public numérique à un groupe exposé à la violence est-elle une solution ? Par cette logique, les femmes seraient exhortées à quitter les réseaux sociaux pour échapper aux violences en ligne. Les internautes n’ont pas besoin de présence effective d’adolescent-e-s pour générer des deepfakes à caractère pédocriminel. L’enjeu est de garantir un Internet sûr, et non pas un Internet dont on exclurait les femmes et les mineur-e-s sous couvert de les protéger.
L’obligation de protection et de modération des plateformes est également remise en cause : quelles sont-elles si les internautes ont la responsabilité de prouver leur âge ? Quels recours seraient donc prévus pour les mineur-e-s qui ont contourné la vérification ? À quoi ressembleraient des plateformes, déjà nuisibles, si elles ne sont plus tenues de garantir des espaces sûrs pour ses utilisateur-ice-s les plus jeunes ? La vérification est d’ailleurs facilement contournable, tel que constaté en Australie, où la loi a été adoptée l’année dernière.
Enfin, comment prouver son âge ? Quel traitement de ces données particulières : que ce soit via une déclaration de l’âge ou une preuve d’identité ? Quel droit à la vie privée nous reste-t-il alors ? L’instrumentalisation de la lutte contre les violences faites aux enfants au profit de dérives sécuritaires ou liberticides n’est pas récente, mais entre le projet de loi Chat Control et l’interdiction des médias sociaux aux moins de 15 ans, on assiste à une escalade.
Or se focaliser sur la surveillance ou l’interdiction, c’est autant moins de moyens alloués à la mise en œuvre de solutions reposant sur de réelles politiques publiques de prévention, d’accès à la justice et de prise en charge des victimes.
Les chiffres montrent que les violences sur les enfants ont lieu, dans la majorité des cas, au sein de la famille. Or, étrangement, les pouvoirs publics semblent moins prompts à prendre des mesures ambitieuses et protectrices dans ces cas-là. Preuve qu’il s’agit moins de protéger que de trouver une bonne excuse pour sacrifier toujours plus de libertés au nom de la surveillance généralisée.
Un besoin de politiques publiques complexes, holistiques et ciblées
L’intersectionnalité de ces violences est un point mort de ces réponses inadéquates. Pour rappel, les cyber violences visent surtout les personnes les plus vulnérables ou discriminées et le phénomène touche en particulier les 18-24 ans, qui sont 87% à en avoir subi, les personnes LGBTQI+ (85%), les personnes racisées (71%) et les femmes de moins de 35 ans (65%).
Pire, ces politiques exposeraient davantage les groupes les plus vulnérables. Le chiffrement – que Chat Control menace de supprimer pour avoir accès à nos conversations privées – permet une communication sûre avec des associations, l’accès à des services sensibles, comme l’accès à l’avortement dans des contextes où cela peut-être criminalisé, ou encore l’exposition aux représailles ou à la censure des militant-e-s, journalistes et personnes LGBTIQ+. Des femmes ont déjà été traduites en justice aux États-Unis ou en Angleterre, après que leurs données issues de messageries ou d’applications menstruelles ont été communiquées aux autorités.
Seuls les droits et les libertés sont universels, notamment la protection des données et le droit au respect de la vie privée. La fin du chiffrement et de l’anonymat en ligne expose à de potentielles dérives autoritaires et sécuritaires, dont nous ne pouvons ignorer la résurgence, y compris en Europe. Pour rappel, l’absence de chiffrement accroît l’exposition aux représailles, à la censure et à la surveillance étatique, y compris pour nous, organisations de la société civile.
Il est donc particulièrement inquiétant que des militant-e-s, organisations et allié-e-s à l’égalité des genres et à la protection de l’enfance soutiennent ces réformes sécuritaires et idéologiques. Il nous faut exiger des solutions à hauteur des ambitions, qui comprennent une approche intégrée centrée sur les besoins des publics concernés, et particulièrement les jeunes, associant la responsabilisation des plateformes et la mise en œuvre de la régulation, la sensibilisation et formation des publics et des professionnel-le-s ainsi que la prise en charge holistique des victimes.
Il nous faut également promouvoir des plateformes plus respectueuses des droits humains et de la protection de leurs utilisateur-ice-s. Nous ne pouvons pas faire peser sur les internautes le poids de leur protection, qui ne peut dépendre de compétences techniques individuelles ou de la compromission de nos libertés. Il est grand temps de lutter contre la toute-puissance de ces corporations internationales étrangères, et de faire valoir le droit européen pour un espace public en ligne sûr.
Signataires : Ségolène Amiot (députée de Loire-Atlantique), Raymond Amumpaire (Independent Digital Rights and Policy Analyst with Digital Rights Alliance Africa (DRAA), Alice Barbe (entrepreneure sociale), Yaël Benayoun (chercheuse indépendante en sciences sociales), Fatima Benomar (militante féministe), Adélaïde Bon (autrice), Cécile Cée (autrice et illustratrice de BD), Typhaine D (artiste féministe et victime de cyberharcèlement misogyne), Lynda Dematteo (anthropologue CNRS EHESS), Thomas Dossus (sénateur écologiste du Rhône), Pauline Ferrari (autrice et journaliste indépendante), Hildegarde (artiste), Stéphanie Lamy (chercheuse, militante féministe et autrice Agora Toxica, la terreur masculiniste), Ophélie Latil (juriste et fondatrice du collectif Georgette Sand), Maëlle Le Corre (journaliste et autrice), Clémentine Lemaire (consultante féministe et administratrice des fameuses), Grace ly (autrice), Julie Ozenne (députée écologiste de l’Essonne), Marie Peltier (historienne), Soizic Pénicaud (consultante en politiques publiques du numérique et militante féministe), Maud Royer (autrice), Juliette Todisco (@machoboulotdodo, créatrice de contenu), Elodie Vialle (journaliste et consultante), Agir ensemble pour les droits humains, Asociación cultural Baizara, Boussole Féministe, C.A.L.I Collectif d’aide et de lutte contre l’inceste et les coercitions sexuelles, La Chaire sur la modération des contenus, LDH (Ligue des Droits de l’Homme), Collectif Changer de Cap, Collectif LutteHSM, Collectif Zef, Data for Good, Defend DemocracyDigiQ, Echap, European Network Against Racism (Enar), Féministes révolutionnaires Paris, Institut du Genre en Géopolitique, Génération Panasiatique, LOVE-Storm.de, New School of the Anthropocene, Nous Toutes, Open right group, La Quadrature du Net, REC (Résistons Ensemble Contre la cyber haine), Ritimo, Skyline International for Human Rights (SIHR), Social Good Accelerator, #StopFisha, Superrr, Toutes des Femmes, Vox Public, Wiquayaon