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Publié par CIMADE, équipe CRA de Rennes

Nous relayons ici la Newsletter de l’équipe de la Cimade qui intervient au centre de rétention de Rennes

Qu’est-ce qu’un centre de rétention administrative (CRA) ? C’est une prison, malgré le rejet de cette appellation par les gouvernements successifs, pour les personnes étrangères en situation irrégulière sur le territoire français. Leur enfermement n’est pas motivé par une sanction pénale mais la conséquence directe de leur situation administrative. Depuis le 2 janvier 2019, les personnes peuvent en effet être enfermées pour une durée allant jusqu’à 90 jours, contre 45 jours précédemment. Le temps moyen d’enfermement durant l'année 2019, dans le CRA de Rennes, était de 18 jours.

Loin des yeux, loin du droit

 

Le 13 janvier, un policier s’est donné la mort sur son lieu de travail, le centre de rétention de Rennes, moins de trois semaines après le décès d’une personne retenue qui s'est pendue au CRA.

Deux morts en moins de trois semaines au CRA de Rennes.

Pour autant, les enfermements et les expulsions depuis le CRA n’ont pas cessé un seul instant. Rien n’arrête la machine à expulser déployée par la politique actuelle du gouvernement.

Et peu importe les conséquences humaines.

Depuis fin décembre, 15 hospitalisations ont eu lieu pour des personnes retenues au CRA de Rennes, tant au CHU qu’à l’hôpital psychiatrique, suite à des tentatives de suicide (notamment par pendaison), des actes d’automutilation et l’ingestion d’objets divers (vis, piles, lames de rasoir, etc.).

Aucun véritable soutien psychologique pour les personnes retenues n’a été mis en place pour tenter de mettre fin à cette multiplication d’actes de désespoir. Une psychologue intervient une fois par semaine. Elle ne peut voir toutes les personnes qui en ont besoin et, régulièrement, les entretiens se font sans interprète, alors que la barrière de la langue est évidemment un obstacle majeur pour une prise en charge psychologique.

La détresse de beaucoup est minimisée par l’administration qui n’y voit qu’un subterfuge pour éviter l’enfermement et l’expulsion. Pourtant, les personnes concernées se mettent en danger et garderont des cicatrices, tant physiques que psychologiques, de leurs actes de désespoir.

Deux morts en moins de trois semaines, 15 hospitalisations en moins d’un mois.

Et pas de répit ... ou si peu, et “grâce” à quoi ? L’unique évènement qui a pu avoir un impact sur le nombre de personnes enfermées au CRA sont les travaux qui ont commencé mi-janvier pour mettre en place une nouvelle rangée de grilles et de barbelés entre les bâtiments où dorment les personnes retenues...

Paroles retenues

Dès que je suis entré ici, j’ai détesté. Pourquoi ?

- d’abord, l’hygiène, un homme sans hygiène, c’est pas bien ;

- les aliments, c’est pas bon. On est des humains mais on nous traite comme des chiens ;

- quand vous êtes couché, vous dormez pas bien.

On vous traite de tout. Et pourtant tous ceux qui sont là sont innocents, on n’a juste pas de papiers. Ils nous fatiguent pour détruire notre moral. Alors que d’autres, qui font du mal, sont dehors.

Moi j’ai traversé la Libye, l’Italie, pour arriver ici. Et on m’enferme pour rien, juste parce que j’ai pas de papiers. Je vis avec ma copine, j’ai des preuves, une attestation d’hébergement, mais ils disent non. Pourquoi ? Pourquoi ?

Ils nous envoient ici pour nous rendre fous. Les médicaments qu’on nous donne sont des mauvais médicaments, la nourriture est mauvaise. Moi j’ai dit que je ne voulais pas prendre les médicaments parce que je ne suis pas fou. J’ai une famille à nourrir. Et on m’enferme ici, je deviens fou.

Je n’arrive pas à manger ici, j’ai pas d’appétit, j’ai demandé si on pouvait me donner un médicament pour ça, mais non. On nous donne que du doliprane et des médicaments pour dormir.

Si on pouvait manger bien et dormir, ça pourrait aller mais c’est pas le cas.

Ça me fait très très très mal d’être ici. Même mon pire ennemi je ne veux pas le voir ici. Ils vont te détruire mentalement, physiquement, ils vont te détruire complètement. Jusqu’à ce que tu sois fou.

On n’a pas de papiers, mais tant qu’on n’a pas fait de délits, on est innocent. Qu’ils nous laissent en paix.

J’ai dit que j’ai un projet : je veux sensibiliser sur la question des migrants, j’ai mis en place un évènement sur Paris. Mais je ne peux plus suivre le projet depuis que je suis enfermé ici.

Amadou, enfermé depuis 15 jours

Voir la version en ligne ici

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