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Publié par LDH49

La LDH 49 tient chaque semaine une permanence grâce à une équipe solide de bénévoles. Bien entendu tout ce qui concerne les droits humains y est pris en compte.

 

La majorité des personnes reçues sont des migrants en situation précaire avec une demande d’aide sur des problèmes multiples (accès aux droits, à la santé, au logement). La LDH ne peut répondre à tout. Elle aiguille vers d’autres partenaires lorsque ce n’est pas dans son champ de compétences. Elle intervient principalement sur les démarches pour l’asile, le droit au séjour, les procédures d’appel en collaboration avec des avocats.

 

Dans ce cadre des étudiants souhaitent faire des stages et participent aux permanences. Ils y apportent leurs connaissances et se confrontent aux réalités vécues parfois difficiles.

 

Une stagiaire, étudiante en psychologie sur Angers, vous livre ici ses réflexions :

 

La fragilité psychologique,
un aspect à ne pas négliger chez les migrants

 

Durant mon stage au sein de la LDH 49, en assistant à un certain nombre de rendez-vous avec des migrants, ma casquette d’étudiante en psychologie m’a spontanément fait penser à la nécessité de leur prise en charge.

 

Ce sont des personnes qui font face, à leur arrivée - déjà souvent après un trajet assez éprouvant - au rejet, aux refus multiples d’un possible accueil sur un territoire qu’ils pensaient libre et idyllique. Ainsi, alors qu’ils pourraient enfin souffler, ils se heurtent à la complexité de cet accueil.

 

Au sujet du « voyage » qu’ils ont dû vivre, ils sont pour la plupart confrontés à la mort de façon régulière, de très près pour certains et surtout sous tous ses aspects (visuel, sensoriel, olfactif...). J’ai à cet égard entendu un bénévole citer une phrase prononcée par un migrant, « Je souris, je suis heureux, mais en réalité je suis mort de l’intérieur », que j’ai retrouvée presque à l’identique dans un article du psychologue clinicien Jérôme Hetté : « Je fais pas la différence entre la vie et la mort, je suis déjà mort ». Le rapport qu’ils ont à la mort est fortement altéré, la limite entre vie et mort qui n’existe presque plus, voire plus du tout.

 

Les démarches que les migrants doivent entreprendre à leur arrivée viennent raviver le traumatisme sous différentes formes. On retrouve par exemple la peur qu’ils ont d’être obligés de retourner au pays. Le fait de faire des démarches va donc leur rappeler à quel point leur situation peut basculer facilement (obligation de quitter le territoire). Une particularité que j’ai relevée est le fait que quand on entend les migrants nous raconter leur vécu, certains l’ont tellement répété que leur visage n’affiche même plus la gravité et l’horreur de la chose. On est dans une sorte de dédramatisation du discours alors qu’au fond d’eux, ils sont effondrés. 

 

Nous avons reçu deux jeunes filles avec un vécu particulièrement traumatique (persécutions pour motif religieux, zone de guerre, séparées des parents…). La plus jeune semblait en être la plus affectée. A l’époque des faits, elle était âgée d’à peine 11 ans et se souvenait pourtant très précisément des nombreuses menaces reçues. Cela m’a interpellée car on peut voir à quel point les mineurs peuvent être les plus touchés par les traumatismes vécus avant et lors de l’immigration. J’ai eu l’occasion d’assister à des permanences pour les mineurs non accompagnés et ces traumatismes, comme dit plus haut, peuvent s’étendre même post-immigration. En effet, la détresse des nouveaux arrivants se lit sur leur visage. Deux frères somaliens sont arrivés suite au décès de leur père dans un attentat. Couplée à leur difficile périple, la barrière de la langue les empêchait de communiquer clairement. Comment alors mettre en place un suivi psychologique dans ces conditions ? La séparation avec leurs parents vient s’ajouter à la difficulté, certains n’ont même plus l’occasion de les recontacter suite à leur départ, ils n’ont plus aucun soutien, aucun pilier.  

 

En me renseignant au sujet de différentes pathologies qui pouvaient se développer chez les migrants de tout âge, j’ai découvert ce qu’était le syndrome de résignation. C’est une condition qui touche de plus en plus de jeunes enfants et adolescents migrants, et qui se caractérise principalement par un état comateux. Cet état est dit psychogène, c’est-à-dire qu’il n’a pas d’origine biologique. Le corps vient prendre le relai car le psychisme n’arrive plus à supporter seul le traumatisme vécu par ces enfants. Finalement, tous les migrants qui ont vécu ou vu des choses terribles souffrent de stress post-traumatique, ce qui signifie entre autres qu’ils peuvent avoir des flashbacks des événements, une anxiété très importante et souffrir également de dépression. Ils ont un rapport à la vie complètement détruit et surtout une difficulté à y trouver un sens.

 

Références : Pour aller plus loin…

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1085844/syndrome-resignation-maladie-enfants-suede-refugies-migrants?fbclid=IwAR3fp7yOiXD8yrOSTwLuQ9tnmXunzPcSVsNg50eoVpcD__SmVF11dHcKD2U

https://www.streetpress.com/sujet/1519740322-psy-alarment-sante-mentale-migrants

https://amp-sante.lefigaro.fr/article/migrants-les-souffrances-sont-avant-tout-psychiques/?fbclid=IwAR2nN8NaQnz-qowOmykjLhG8Pp61_ciSAghBHoCUXkU2B7rRGrR8xccgcYI

https://www.nouvelobs.com/societe/20180619.OBS8383/les-troubles-psychiques-des-migrants-je-me-dis-que-si-je-meurs-ce-sera-pareil.html

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/l-abandon-des-enfants-migrants

 « Le meurtre, destin possible du psychotraumatisme de guerre ? » de Jérôme Hetté, Le Journal des Psychologues, N°303 Déc. 2012/Jan. 2013

 

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